Le zéro droit de douane pour 53 pays africains en Chine «est un outil formidable, mais un outil ne suffit pas»

À partir du 1er mai, la Chine supprime les droits de douane sur près de 98 % des produits en provenance de 53 pays africains. Une mesure présentée comme un levier majeur pour doper les exportations africaines… et renforcer un peu plus les liens économiques entre Pékin et le continent. Mais derrière l’annonce politique, une question centrale : comment transformer cette opportunité commerciale en réalité concrète sur le terrain ?
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Avec notre envoyée spéciale à Leiyang, Clea Broadhurst
Entre la promesse du « zéro tarif » et sa mise en œuvre effective, tout se joue dans les coulisses du commerce : logistique, infrastructures et intérêts stratégiques. C’est ce qu’explique Ababacar Niang, commerçant sénégalais à Yiwu, le hub pour l’import-export de produits de consommation.
Sur le papier, la suppression des droits de douane ouvre en effet des perspectives considérables pour les exportateurs africains. Mais dans les faits, tout dépendra de la capacité à structurer les filières, à répondre aux normes chinoises et à sécuriser les débouchés. Car certains produits illustrent déjà ce potentiel et ses limites, comme le souligne Ababacar Niang : « Quand on exporte de l’arachide, son prix est de 280 francs CFA. Or, 280 francs CFA, c’est à peu près 0,5 dollar. Donc, à 0,5 dollar, vous envoyez le produit ici, en Chine, et vous pouvez le vendre à 1,5 ou 2 dollars. Donc, c’est très intéressant parce qu’ils ont besoin d’arachides de l’Afrique, surtout celles du Sénégal, pour faire de l’huile d’arachide, etc. Et ils ont besoin aussi de ses résidus pour faire des produits dérivés comme le savon, etc. »
« Sur le papier, c’est facile, mais… »
Mais de prévenir : « Mais il faut aussi qu’on ait les critères. C’est le plus important et qu’il y ait un suivi. Moi, je pense qu’un système de joint-venture serait mieux : la Chine, les futurs clients chinois et les producteurs africains qui se mettent en joint-venture et qui collaborent ensemble. Donc, il y a une promesse d’achat, il y a un financement et il y a un suivi et accompagnement jusqu’à la fin. Et comme ça, ça va profiter à tout le monde et il n’y aura pas de surplus. »
Il conclut : « Cette mesure sur le papier, c’est facile, mais il faut qu’une grande organisation logistique et administrative suive. Ce « zéro tarif » est un outil formidable, mais un outil ne suffit pas. Il faut des routes, des papiers, des partenaires. À Yiwu, ici, on est justement en train de construire ce pont. Donc j’espère qu’on sera très impliqué là-dedans pour que ce soit un partenariat gagnant-gagnant pour les Africains et les Chinois ».
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Le commerçant a tout de même constaté une hausse de 84% des volumes d’importation depuis le début de 2026.
« Nous privilégions avant tout nos intérêts stratégiques concrets »
Pékin poursuit aussi ses propres objectifs, estime Li Ye, président de la Chambre de commerce régionale : « À mon sens, lorsque nous mettons en œuvre une telle politique, nous privilégions avant tout nos intérêts stratégiques concrets : par exemple, diversifier la chaîne d’approvisionnement en matières premières de base. Autrefois, nous importions principalement du minerai de fer d’Australie ou du Brésil. En développant aussi nos échanges avec l’Afrique, nous créons de nouvelles sources d’approvisionnement. »
Li Ye souligne que les exportations vers l’Afrique augmentent chaque année tandis que les échanges commerciaux avec l’Europe et les États-Unis rencontrent des contraintes et sont donc de plus en plus limités.
Tout dépendra désormais d’une chose : transformer la promesse politique en flux commerciaux réels.
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