La hausse des tensions entre l'Éthiopie et l'Érythrée contribue à installer un climat de peur au Tigré

Dix jours après des affrontements entre l’armée fédérale éthiopienne et les forces tigréennes qui ont fait resurgir le spectre de la guerre au Tigré, les habitants de la région s’inquiètent aussi d’un regain de tension entre Addis Abeba et Asmara. Samedi 7 février, le chef de la diplomatie éthiopienne a sommé l’Érythrée de retirer ses soldats présents en territoire éthiopien.

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Alors que les tensions sont vives et anciennes entre les deux pays, l’Éthiopie a appelé l’Érythrée à immédiatement retirer ses soldats de son territoire, samedi 7 février. Dans un courrier officiel transmis à Asmara, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Tomotheos, affirme qu’« avec l’incursion de forces érythréennes en Éthiopie et leurs manœuvres récentes avec des groupes rebelles, le gouvernement érythréen a choisi la voie de l’escalade ». Pour Addis Abeba, ces actes ne sont pas de simples provocations mais des « agressions pures et simples », poursuit-il, avant d’appeler l’Érythrée à « briser ce cycle de violence et de méfiance par le dialogue et la diplomatie ». 

Les militaires érythréens sont notamment présents dans les régions du Tigré et de l’Amhara depuis la guerre de 2020. Leur retrait était prévu par l’accord signé en 2022, mais celui-ci n’a pas été suivi d’effet. 

Cette offensive diplomatique de l’Éthiopie fait suite aux déclarations de son Premier ministre, mardi 3 février. Pour la première fois, Abiy Ahmed a alors accusé l’armée érythréenne d’avoir commis des massacres durant le conflit au Tigré – ce que réfutent les autorités érythréennes, qui qualifient ces accusations de « mensonges ». 

« La plupart des gens disent que la guerre va reprendre »

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle escalade entre les deux pays plonge dans l’angoisse les habitants du Tigré, où le traumatisme de la guerre achevée en 2022 est toujours très présent, d’autant plus qu’elle intervient dix jours seulement après des affrontements entre l’armée fédérale et les forces tigréennes.

À Shire par exemple, une localité située dans le centre du Tigré où s’est rendue Marlène Panara, notre correspondante en Éthiopie, la situation effraie Hagos, manager d’une compagnie de bus. « Les gens sont sous le choc, ils sont encore traumatisés par la guerre », confie celui-ci avant d’expliquer que « beaucoup de personnes ont quitté ou ont essayé de quitter le Tigré ces derniers jours car elles ont peur d’être bloquées ici. Elles ne veulent pas entendre parler d’un nouvel état de siège. »

Âgé de 22 ans, Biruk voit lui cette même inquiétude grandir sur les réseaux sociaux, où les publications sur le risque d’une nouvelle guerre deviennent virales. « En ce moment, la situation au Tigré est très tendue. On entend beaucoup de choses. Mais nous, tout ce que nous voulons, c’est la paix », déclare-t-il derrière le comptoir de son échoppe.

Dans l’un des camps de déplacés de Shire, l’angoisse est également dans toutes les têtes. « La plupart des gens disent que la guerre va reprendre. Certains affirment que non, mais moi, je pense que ça va recommencer. J’ai peur et je ne peux rien faire ! », s’inquiète ainsi Million Mehari, une adolescente de 15 ans dont le dernier conflit a bouleversé la vie : alors qu’elle s’est retrouvée séparée de sa famille durant la guerre au Tigré, celle-ci n’aurait nulle part où aller en cas de nouveau conflit.

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