La diaspora représente-elle vraiment un levier économique pour l'Afrique?

Quel est le poids de la diaspora dans le développement local en Afrique ? Un Livre blanc de la diaspora vient d’être publié et donne les clés pour faire monter en compétences les villes africaines en matière de mobilisation des diasporas. Au-delà des transferts d’argent et des investissements directs, la diaspora africaine représente un levier économique majeur. Mais le manque de structure empêche souvent la bonne utilisation de ces fonds.

La mobilisation de ces investissements peut passer par les villes. Selon le Livre blanc, c’est l’échelon local qui permettrait de structurer et d’orienter l’engagement des diasporas, souvent très ancrées dans leur territoire d’origine. Transport, tourisme, environnement : les diasporas peuvent jouer un rôle moteur en Afrique, selon les résultats de l’enquête menée par la société Diaspora Impact. Son directeur général, Samir Bouzidi, souligne plusieurs exemples concrets :

« Il y a quand même quelques belles réalisations, notamment sur le Maroc. Un touriste sur trois est issu de la diaspora, envoyé dans des villes comme Rabat, Marrakech, etc. Sur Cotonou, il y a une diaspora qui se fixe de plus en plus dans le gouvernement. C’est un gouvernement qui est quand même très issu de la diaspora. Il ne s’agit pas d’appuyer sur un bouton et de dire  »venez développer votre ville ». Ça ne marche pas comme ça avec les diasporas. Vous voyez, il y a tout un travail. On ne peut pas tout faire avec une diaspora. Typiquement, on ne peut pas faire financer des infrastructures par une diaspora. »

Un impact encore limité ?

Principal regret de la diaspora : le manque de structure et d’accompagnement dans leurs envies de développement. Résultat : entre 3 et 10% seulement de ces transferts sont dédiés à de l’investissement productif. Pour l’essayiste Serge Eric Menye, auteur du livre Le mythe de la diaspora africaine, il ne faut pas compter sur les Africains de l’étranger pour construire les pays : « On présente les choses comme étant un phénomène massif. En réalité, non. Il y a très peu de diasporas concernées par l’avenir de l’Afrique. Parmi les diasporas, très peu sont impliquées. Très peu d’argent va vers l’Afrique et par rapport aux besoins, très peu de projets sont mis en place. »

« Le record que l’Afrique a connu, c’était en 2023 pour les envois de fonds : 100 milliards (sic). Ça reste pas grand-chose pour 54 pays quand on veut vraiment se développer », poursuit-il.

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Des transferts en hausse, un rôle économique majeur

Samir Bouzidi n’a pas la même analyse. Les transferts d’argent vers l’Afrique stagnent mais restent élevés. Selon lui, les diasporas se sont imposées comme des partenaires loyaux : « Factuellement, aujourd’hui, elles représentent une force collective des diasporas en Afrique. C’est entre 2 et 50% du PIB. Vous voyez, c’est le pétrole des pays qui n’ont pas de pétrole. Ça profite à 80 à 90% aux familles. Mais derrière les familles, c’est le commerce indépendant que font les familles. »

Le défi reste de transformer ces transferts en investissements productifs, créateurs d’emplois. Comme au Kenya, où une start-up sur deux est financée par des membres de la diaspora.

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