La CPI dispose de preuves des crimes contre l'humanité commis lors de la prise d'El-Fasher

Au conseil de sécurité de l’ONU, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), Nazhat Shameem Khan affirme que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis à El-Fasher, notamment en octobre 2025, après le siège de la ville. La CPI avait déjà évoqué ces qualifications pour le conflit actuel, mais elle affirme désormais disposer de preuves : des vidéos, des témoignages et des images satellites.
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Informant le Conseil de sécurité des Nations unies, Nazhat Shameem Khan a déclaré que « selon l’évaluation du bureau du procureur, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » ont été commis lors de la prise de contrôle de la ville d’El-Facher au Darfour par les FSR en octobre. « À l’heure où nous parlons, les habitants du Darfour sont victimes de tortures collectives », insiste la procureure.
Une enquête en cours de l’instance judiciaire internationale a mis en évidence « des massacres et des tentatives de dissimulation des crimes par l’aménagement de fosses communes », et documenté « une campagne organisée et calculée » des paramilitaires contre les communautés non Arabes, a ajouté la procureure fidjienne.
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« Le tableau qui se dessine est effroyable »
Des images analysées par la CPI montrent des paramilitaires « célébrant des exécutions directes et profanant des corps », a-t-elle aussi dénoncé, s’exprimant en visio après s’être vu refuser un visa en raison de sanctions américaines.
« Le tableau qui se dessine est effroyable », et rappelle selon elle, les atrocités documentées à El-Geneina, la capitale du Darfour-Ouest, où les FSR sont accusées par la CPI d’avoir tué jusqu’à 15 000 civils, pour la plupart issus de l’ethnie Massalit. Ces violences « se poursuivront » jusqu’à ce que « le sentiment d’impunité soit stoppé », a-t-elle alerté. « Notre réponse à cette situation ne doit pas se limiter à de simples platitudes dans cette salle, mais doit se traduire par des actions concrètes sur le terrain », continue la magistrate.
Elle a également réitéré un appel aux autorités soudanaises à coopérer pour l’arrestation de personnalités visées par des mandats d’arrêt, dont l’ancien président Omar el-Béchir, l’ancien ministre de la Défense Abdul Raheem Mohamed Hussein.
L’arrestation de l’ancien président du parti au pouvoir Ahmed Haroun, recherché depuis 2007, « est une priorité », a-t-elle rappellé. Cet ex-collaborateur d’Omar el-Béchir fait face à 20 chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et 22 autres de crimes de guerre pour son rôle dans le recrutement de la milice Janjawid – dont sont issues les FSR – accusée de massacres ethniques dans les années 2000. Ahmed Haroun s’est évadé de prison en 2023 et s’est depuis affiché en soutien à l’armée.
Près de trois ans de guerre ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné plus de 11 millions de personnes au Soudan, provoquant la « pire crise humanitaire au monde » selon l’ONU.
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