La campagne agricole d'Afrique de l'Ouest et des pays du Sahel face aux perturbations au Moyen-Orient

Du 7 au 9 avril s’est tenue à l’OCDE, à Paris, la réunion annuelle du Réseau de prévention des crises alimentaires (RCPA). Elle a réuni les principaux acteurs gouvernementaux et ONG d’Afrique de l’Ouest et du Sahel dans le domaine. Si le bilan agricole de la dernière campagne a permis de franchir la barre des 80 millions de tonnes de céréales produites, 50 millions de personnes sont néanmoins encore touchées par l’insécurité alimentaire. Le conflit au Moyen-Orient pourrait aggraver la situation.
Le conflit au Moyen-Orient – même si un cessez-le-feu a été décrété – risque de faire basculer près de 10,5 millions de personnes en plus dans l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel, selon le PAM. Parmi les pays les plus à risque dans la région, la Gambie. « Si l’on considère la situation, c’est alarmant. D’abord, les prix de l’énergie ont augmenté et, dans le même temps, ce sont aussi les prix des engrais qui ont augmenté. Tout cela va avoir des effets sur la production, surtout sur les petits exploitants. Donc, si la situation ne change pas, cela va avoir de sérieux impacts sur nos moyens de subsistance », s’inquiète Saikou Sanyang, secrétaire général du département gambien de l’Agriculture.
Car s’il y a un cessez-le-feu en Iran, la normalisation du trafic maritime est encore loin d’être effective. Le Comité inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) – une organisation régionale dédiée notamment à la recherche sur les questions alimentaires – guette les possibles difficultés de production liées au contexte international. Sy Martial Traoré, le coordinateur régional d’appui à la sécurité alimentaire du CILSS : « La majorité des importations sont toujours en cours, donc cela risque vraiment d’affecter la disponibilité d’engrais si la situation n’est pas bientôt réglée. La campagne au niveau de la zone humide a déjà commencé. La grande saison a déjà commencé. Pour la zone du Sahel, on a encore un mois. Donc, on se dit qu’à partir de mai, on sera au début de la saison et les engrais doivent être déjà disponibles. Donc, on se dit qu’il y aura vraiment un impact sur la campagne en termes de disponibilité et de coût pour les engrais. »
Anticipation et production locale
Un secteur très sensible aux chocs. Le Bénin a lui trouvé la parade. « Actuellement, on parle de la guerre au Moyen-Orient, mais le Bénin n’a pas ce souci-là puisque les intrants, notamment les engrais, sont déjà sécurisés par le Bénin », assure Dominique Dédégbé, en charge des questions de sécurité alimentaire au ministère béninois de l’Agriculture.
« Le Bénin a déjà lancé des commandes depuis octobre 2025. On a déjà anticipé sur la commande des engrais qui sont déjà pratiquement là. Depuis des années, le Bénin anticipe sur ces commandes, ce qui fait que même pendant la crise russo-ukrainienne, on n’a pas eu trop de problèmes par rapport à l’approvisionnement en engrais », détaille-t-il.
Autre piste de solution : la production d’engrais au niveau local. La disponibilité de l’industrie nigériane de Dangote fait espérer une plus grande indépendance face aux importations extérieures dans la région.
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