Insécurité alimentaire à Madagascar: 1,8 million de personnes sont dans «une situation très préoccupante»

À Madagascar, l’insécurité alimentaire se maintient d’année en année à des niveaux élevés : 1,8 million de personnes se trouvent dans une « situation très préoccupante » dans le sud et le sud-est du pays, selon la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) sur la Grande-Ile, Tania Goossens. Alors que les récoltes sont retardées par les changements climatiques dans ces régions enclavées et historiquement délaissées par les pouvoirs publics, les acteurs humanitaires sont, eux, fragilisés par la baisse des financements internationaux.
Publié le :
3 min Temps de lecture
RFI : Tania Goossens, quel est l’état de l’insécurité alimentaire dans le sud et le sud-est de Madagascar ?
Tania Goossens : La situation ne s’améliore pas en comparaison des années précédentes. Dans la dernière analyse IPC [un indice de mesure de la sécurité alimentaire, NDLR] que nous avons réalisée en décembre 2025, nous estimons que 1,7 million de personnes sont en phase 3+, c’est-à-dire en situation de crise, et 71 000 personnes en phase 4, en urgence. Le niveau 5 correspond à la famine. À partir de la phase 3+, c’est une situation très préoccupante.
Nous sommes au pic de la période de soudure, qui dure d’octobre à avril. Les gens n’ont plus de stocks, ils ont déjà vendu ce qu’ils avaient et doivent donc acheter au moment où les prix augmentent. C’est un cercle vicieux.
Les familles sont obligées d’adopter des stratégies d’adaptation négative en ne prenant qu’un repas ou deux par jour au lieu de trois par exemple, ou en retirant leurs enfants de l’école. Il s’agit d’un état de vulnérabilité très grave. Certains hommes quittent leurs familles dans le sud pour chercher du travail dans les zones urbaines, dans la région de Majunga (nord-ouest) notamment.
À lire aussiFaim dans le monde: Madagascar parmi les pays en situation «alarmante», selon un rapport
Comment expliquez-vous que cette crise humanitaire se répète d’année en année ?
Ces populations très vulnérables dépendent principalement de l’agriculture, notamment l’agriculture pluviale, mais elles subissent les effets des chocs climatiques successifs, comme la sécheresse. Avant, la période de soudure durait quatre mois, maintenant elle en dure six. La date de récolte est plus incertaine.
Elles souffrent également d’un très faible accès aux services sociaux de base. Il faut des investissements dans les centres de santé, l’éducation et pour accompagner les petits producteurs. Le manque d’infrastructures est aussi un problème majeur. On peut promouvoir l’accès aux marchés, mais s’il n’y a pas de routes…
En plus des causes structurelles s’ajoutent des facteurs externes, à l’image de la situation actuelle au Moyen-Orient qui risque d’affecter les communautés, avec une augmentation du coût de l’énergie et du transport et du prix des denrées alimentaires.
À écouter aussiLe Grand invité Afrique – Famine à Madagascar: «Les paysans sont en situation de vulnérabilité face aux variations climatiques»
Comment la baisse des financements internationaux aggrave cette insécurité alimentaire ?
La France, les États-Unis, la Corée du Sud ou encore le Japon apportent des financements mais il devient très difficile pour ces acteurs de mobiliser des fonds pour Madagascar au regard du contexte mondial que nous vivons.
En février et mars, nous n’avions plus du tout de stocks alimentaires. En amont, nous avons dû prioriser, réduire les rations que nous donnons aux familles. Nous n’avons pour l’instant aucun financement pour la prochaine période de soudure, à partir d’octobre. C’est la première fois qu’on se trouve dans cette situation. Peut-être devrons-nous concentrer nos efforts sur les personnes classées en phase 4 de l’indice IPC, au risque que les personnes en phase 3 basculent à leur tour si nous ne les aidons plus.
Fin-janvier, le gouvernement malgache a lancé un appel international pour donner une visibilité à cette situation humanitaire dans le sud et le sud-est et pour demander une assistance de la communauté internationale. C’était avant-même les cyclones Gezani et Fytia [qui ont fait des dizaines de morts et d’immenses dégâts matériels dans certaines zones de Madagascar, NDLR] qui ont encore davantage compliqué la situation.
À lire aussiMadagascar: trois semaines après, une situation précaire dans les zones ravagées par le cyclone Gezani



