Ile Maurice: «Tagore», le sourire fidèle des journaux d'antan

Son kiosque est bien plus qu’un simple point de vente. C’est un lieu de passage, d’échanges et de souvenirs. Derrière le comptoir, un visage familier : Ravindranath Matabadal, affectueusement surnommé Tagore. À 65 ans, cet homme à la bonne humeur communicative continue d’accueillir ses clients avec un mot gentil, fidèle à une vocation qui l’accompagne depuis plus d’un demi-siècle.

«J’ai commencé à vendre des journaux à l’âge de dix ans. J’aidais mon frère», raconte-t-il avec simplicité. Une histoire de famille, profondément ancrée dans le quotidien. À l’époque, son frère assurait les livraisons et il tenait le kiosque. Ensemble, ils sillonnaient les rues pour déposer les journaux à domicile. «Les clients réservaient et payaient à l’avance. Nous allions livrer tôt le matin.»

Au fil des années, un lien particulier s’est tissé entre le vendeur et ses lecteurs. Fait de confiance, de régularité et de proximité. «Je marchais de New Grove à Gros Billot pour livrer les journaux. Je n’avais pas de bicyclette. Mais on aimait ce que l’on faisait, on ne ressentait pas la fatigue», se rappelle-t-il, nostalgique. À cette époque, les journaux faisaient partie intégrante du quotidien. «Il y avait beaucoup plus de lecteurs qu’aujourd’hui», constate-t-il.


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Ce métier lui a permis de construire sa vie. «J’ai vécu grâce à cela. J’ai élevé mes enfants avec ce travail», dit-il avec fierté. Avec le temps, il a exercé d’autres activités, tout en continuant la vente de journaux à temps partiel. Aujourd’hui encore, l’esprit familial perdure : son épouse tient parfois le kiosque, et son fils vient lui prêter main-forte. Une tradition qui se transmet, tant que possible.

À la retraite, Tagore ne parle plus de travail, mais de passion. «C’est une distraction. Cela me permet de sortir, de rencontrer les gens, de discuter.» Car au-delà de la vente, ce sont les relations humaines qui font le sel de ses journées. «Il faut savoir parler aux clients. Certains peuvent se fâcher, mais il faut garder son calme et apaiser les choses. Heureusement, cela reste rare.»

Mais le métier évolue, et pas toujours dans le bon sens. La baisse des ventes se fait sentir, conséquence directe de l’essor du numérique. «Les jeunes lisent sur leur téléphone. Les anciens restent attachés au papier, mais quand ils disparaissent, les abonnements s’arrêtent», explique-t-il. Il évoque avec émotion un client fidèle pendant 30 ans, dont la disparition a marqué la fin d’une époque.

Malgré tout, Tagore garde espoir. Pour lui, le journal papier a encore sa place, porté par ceux qui en apprécient la valeur. «Le monde change, il faut évoluer avec», dit-il avec sagesse.

À New Grove, son kiosque reste debout, témoin d’un métier en mutation, mais surtout d’une vie consacrée au contact humain. Et chaque matin, derrière les journaux, c’est toujours le même sourire qui accueille les passants.

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