Ile Maurice: Vers la saisie du véhicule et la suspension immédiate du permis

Face à la hausse du nombre de cas d’alcool et de drogue au volant, le gouvernement envisage des mesures plus sévères. Saisie du véhicule, suspension immédiate du permis : ces propositions relancent le débat entre sécurité et respect des droits. Suis-nous pour en savoir plus.
Ce qui relevait autrefois de cas isolés semble aujourd’hui s’installer comme une tendance inquiétante. En ce début d’année jusqu’au 12 février, 411 personnes ont été interpellées pour conduite en état d’ivresse ou sous influence. Durant la même période, 178 automobilistes ont été verbalisés pour avoir pris le volant après avoir consommé des substances illicites.
Ces chiffres ne sont pas anodins. Ils traduisent une réalité préoccupante : malgré les campagnes de sensibilisation, le nouveau permis à points et les contrôles policiers, la conduite sous influence demeure l’une des principales causes évitables d’accidents graves. La multiplication des drogues de synthèse, aux effets parfois imprévisibles, accentue le problème. Chaque interpellation révèle non seulement un manquement individuel, mais aussi une banalisation progressive du risque. Derrière les statistiques, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et une inquiétude grandissante.
Des mesures plus fermes à l’étude
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Face à cette situation, le gouvernement envisage de modifier la législation. L’idée ? Permettre la saisie du véhicule et la suspension immédiate du permis dès qu’un conducteur est testé positif à l’alcool ou aux stupéfiants. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a évoqué cette possibilité pour notamment les conducteurs sous l’emprise de drogues. Si la mesure n’est pas encore appliquée, elle témoigne d’une prise de conscience au plus haut niveau de l’État.
De son côté, le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed, a rappelé que jusqu’ici, la loi prévoyait des sanctions sévères en cas d’accident grave. Or, attendre qu’un drame survienne pour agir n’est pas la solution. Le Conseil des ministres de vendredi dernier, 13 février, a donc décidé d’envisager un renforcement des sanctions – qu’il y ait accident mortel ou pas.
Concrètement, le commissaire de police pourrait saisir un juge en chambre afin d’obtenir la suspension immédiate du permis. L’objectif est clair : écarter sans délai de la circulation les conducteurs considérés comme dangereux.
Rapidité et dissuasion : Stratégie efficace ?
Selon plusieurs spécialistes de la sécurité routière, ces mesures pourraient contribuer à réduire les accidents, sans pour autant constituer une solution miracle. D’abord, elles permettent de neutraliser immédiatement un danger potentiel. Un conducteur testé positif ne pourrait plus reprendre le volant en attendant un procès et un jugement, qui met parfois s’étalent sur des années. Cette lenteur judiciaire – certains dossiers prenant trois à quatre ans – est régulièrement pointée du doigt.
Ensuite, la certitude et la rapidité de la sanction renforcent l’effet dissuasif. Savoir qu’un simple contrôle peut entraîner une suspension quasi immédiate du permis et saisie du véhicule pourrait inciter certains à réfléchir à deux fois avant de conduire sous influence. Enfin, ce mécanisme simplifierait certaines procédures administratives, permettant aux forces de l’ordre de concentrer leurs efforts sur les récidivistes et les profils à haut risque.
Proportionnalité et respect des droits
Mais ces mesures soulèvent aussi des questions juridiques importantes. En effet, toute réforme doit respecter le principe fondamental de proportionnalité, c’est-à-dire qu’une sanction doit être adaptée à la gravité de l’infraction. Une décision perçue comme excessive pourrait fragiliser la confiance du public dans le système judiciaire. Il faudrait aussi que la personne concernée puise avoir le droit de s’expliquer avant l’application de la sanction. Une suspension immédiate décidée sans audition pourrait, dans certains cas, conduire à des injustices.
Sensibiliser plutôt que seulement punir
Pour l’Association des moniteurs d’autoécole, la répression seule ne suffira pas. Elle insiste sur l’importance de la prévention. L’association plaide notamment pour l’utilisation de lunettes de simulation d’alcoolémie lors des formations. Ces outils reproduisent les effets de l’ivresse : vision floue, perte d’équilibre, mauvaise appréciation des distances. L’expérience permet aux futurs conducteurs de prendre conscience, concrètement, de la dangerosité de l’alcool au volant.
Concernant la saisie des véhicules, l’association souligne aussi une difficulté : que faire si le conducteur n’est pas propriétaire du véhicule ? La mesure devra prévoir un cadre clair pour éviter de pénaliser injustement un tiers. Et toi tu en penses quoi ? Quelle serait la mesure adéquate ?
Un enjeu qui dépasse la route
Au-delà des chiffres et des sanctions, c’est toute la société qui est interpellée. La prolifération des drogues de synthèse et leurs effets sur les comportements posent une question plus large : assistons-nous à l’installation progressive d’un phénomène aux conséquences durables sur le tissu social mauricien ?
La suspension immédiate du permis et la saisie de véhicules pourraient contribuer à réduire les accidents liés à la conduite sous influence. Mais leur efficacité dépendra d’un équilibre délicat : fermeté, équité, transparence et prévention devront aller de pair. Car au final, l’objectif reste le même : protéger des vies.
Le savais-tu?
Plusieurs pays ayant mis en place des sanctions administratives rapides, comme la suspension immédiate du permis en cas d’ivresse, ont observé une baisse significative des accidents liés à l’alcool.
Le Canada, certains États américains ou encore Taïwan ont enregistré des résultats positifs lorsque ces mesures sont appliquées de manière systématique et accompagnées d’un contrôle judiciaire rapide. Leur efficacité repose sur un principe simple : retirer immédiatement de la circulation un conducteur en infraction réduit le risque d’accident, sans attendre l’issue d’une longue procédure pénale.
750 000 : C’est le nombre de véhicules à Maurice, selon le ministre des Transports terrestres. La National Land Transport Authority avait dévoilé le nombre de 674 138 véhicules à la fin de 2023. La flotte de véhicules aurait augmenté par 50 % durant ces dix dernières années.


