Ile Maurice: Sortons de l'inertie économique !

On a le sentiment qu’on est tombé dans une forme d’inertie économique. Après une année 2025 terne marquée par une croissance molle de 3,2 % et un niveau d’investissement national chutant de 21 % à 19 % du PIB d’une année à l’autre, la performance de l’économie nationale pourrait encore se dégrader si les pouvoirs publics ne se ressaisissent pas et n’envoient pas les bons signaux pour faire redémarrer la machinerie.
Face à la presse après la dernière réunion du comité de politique monétaire, la Gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, s’est montrée réaliste en tablant sur une croissance du PIB réel de 3 % pour 2026, en rappelant que la conjoncture internationale demeure incertaine en raison de la guerre commerciale entre les États-Unis et d’autres puissances économiques, et que cela est susceptible d’impacter négativement le secteur manufacturier tourné vers l’exportation.
Ce n’est pas tout : le ralentissement dans l’industrie du bâtiment va se poursuivre, avec des répercussions manifestes sur l’ensemble de l’économie.
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Encore une fois, la croissance sera tirée par le tourisme, qui réalise des gains exceptionnels à la faveur d’un taux de change roupie-euro largement favorable pour les hôteliers, les services financiers et les nouvelles technologies. Au sujet de l’activité du global business, la Banque centrale se réjouit des perspectives encourageantes et s’attend à ce que le centre financier international de Maurice continue à attirer un plus gros volume de capitaux étrangers, et ce, en dépit des incertitudes au niveau du commerce international.
Cette bonne dynamique dans le secteur financier s’est traduite par un surplus de Rs 15 milliards de notre balance des paiements en 2025. Ainsi, le secteur du global business reste notre poule aux oeufs d’or. Non seulement, il permet de rééquilibrer la balance des paiements, mais il consolide le secteur bancaire. À ce jour, plus de 50 % des dépôts des banques proviennent de l’activité offshore. N’était-ce la solide performance des services financiers et du tourisme, l’économie mauricienne serait dans un état peu enviable.
Pour remettre de l’ordre dans les finances publiques, le gouvernement a foncé tête baissée dans une stratégie d’austérité budgétaire et une politique fiscale pas forcément très bien inspirée. Du jour au lendemain, la suppression des allocations CSG couplée aux impôts sur les produits de consommation courante comme la taxe sur les produits sucrés et les crèmes glacées ont impacté le pouvoir d’achat du Mauricien, limitant sa capacité à consommer les produits Made in Mauritius.
Parallèlement, l’endettement des ménages a explosé, atteignant un pic de Rs 281 milliards en ce début d’année, soit une hausse de 12,3 % par rapport au premier semestre de 2025.
L’introduction de taxes tous azimuts sur les véhicules a également semé la pagaille, déclenchant une frénésie d’achat avant le 1er juillet 2026 et gonflant artificiellement le PIB national en 2025. Aujourd’hui, le soufflé est retombé et les concessionnaires broient du noir avec les chiffres de vente dégringolant de 50 %.
Par ailleurs, le processus de consolidation budgétaire a porté un sale coup à l’investissement. L’introduction de la Fair Share Contribution et de l’Alternative Minimum Tax fait que la taxe effective atteint désormais les 40 %. Dans ce contexte, peut-on vraiment espérer voir les investisseurs prendre le risque d’injecter leurs capitaux dans des secteurs productifs ?
Redynamiser l’économie passera par un retour de la confiance, par plus de prévisibilité et de clarté sur la stratégie gouvernementale, mais aussi par une refonte de l’Economic Development Board. La mission de l’Economic Development Board est de promouvoir l’investissement et d’agir comme un guichet unique pour la facilitation des affaires. Or, comme l’a souligné le Premier ministre adjoint, l’agence est loin de fonctionner au maximum de sa capacité.
Valeur du jour, beaucoup de projets sont bloqués car on n’arrive pas à obtenir le feu vert à un plus haut niveau. Des porteurs de projets sont découragés du fait qu’ils attendent des mois pour obtenir le Regulatory Sandbox Licence. De guerre lasse, un techno-entrepreneur a préféré s’expatrier et développe aujourd’hui son projet au Royaume-Uni.
Le gouvernement s’est engagé à relancer l’économie sur de nouvelles bases. Pour le moment, on n’a pas encore vu les prémices de ce nouveau modèle basé sur la productivité, l’investissement et l’innovation. Comment attirer l’investissement si l’environnement n’est pas propice aux affaires et si une agence aussi vitale que l’Economic Development Board est partiellement paralysée ?
Comment promouvoir l’innovation quand nos jeunes entrepreneurs et ingénieurs songent à aller voir sous d’autres cieux faute d’un écosystème entrepreneurial qui ne se développe pas assez rapidement. Les beaux discours sonnent creux quand l’action ne suit pas.



