Ile Maurice: Si l'accord s'effondre, Londres pourrait avoir à verser des milliards de livres sterling au pays

Le dossier des Chagos prend une nouvelle dimension financière et diplomatique. Selon le journal britannique The Times, le Royaume-Uni pourrait être contraint de verser des milliards de livres sterling de compensation à Maurice si l’accord négocié par le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, venait à s’effondrer sous la pression du président américain, Donald Trump.
Dans un article intitulé «Britain could pay billions if Trump collapses Chagos deal», le quotidien affirme que des ministres britanniques craignent qu’une annulation du traité n’expose Londres à des poursuites devant les juridictions internationales. Une rupture unilatérale pourrait ouvrir la voie à une action en justice pour non-respect des engagements pris.
Cependant, l’équilibre de cet accord a été fragilisé après que Donald Trump a publiquement exhorté sir Keir Starmer à ne pas «donner» les îles et a mis en doute la base juridique du transfert. Cette prise de position a jeté le doute sur la solidité politique du compromis conclu entre Londres et Port-Louis.
Le Daily Telegraph rapporte également que, si le Royaume-Uni devait se retirer, des responsables britanniques redoutent que Maurice, confrontée à un endettement croissant et à une situation budgétaire tendue, ne réclame des dommages pour violation des obligations du traité.
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Le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, aurait, selon The Times, insisté pour qu’une part significative des paiements soit versée dès les premières années. Sur les 3,5 milliards de livres sterling prévues, 1,8 milliard devraient être déboursées au cours de la première décennie, incluant le loyer pour Diego Garcia et des contributions à un fonds de développement. Ces fonds étaient appelés à soutenir les finances publiques mauriciennes, qui sont sous pression.
Maurice a déjà porté le différend devant les juridictions internationales par le passé concernant le statut des Chagos et a obtenu des décisions favorables. Ce précédent renforce les inquiétudes à Londres quant au risque juridique en cas de rupture de l’accord. Bien que les États-Unis ne soient pas partie prenante du traité et ne puissent être tenus responsables d’éventuelles compensations, la base de Diego Garcia est exploitée conjointement par Londres et Washington, et sa sécurité à long terme constitue le socle même de l’accord.
Un porte-parole du Foreign Office a déclaré que le gouvernement britannique avait «hérité d’une situation où la souveraineté du Royaume Uni sur les îles Chagos était menacée». Il a ajouté que «maintenir le contrôle de Diego Garcia est la base même de l’accord que nous avons conclu. C’est la seule manière de garantir que la base reste sûre et opérationnelle sur le long terme».
L’échéance fatidique de mai
Selon le journal britannique The Independent, Dame Priti Patel doit se rendre cette semaine à Washington afin de convaincre l’administration du président Donald Trump de torpiller l’accord. La Shadow Foreign Secretary du Parti conservateur entreprend ce déplacement alors que le gouvernement britannique a retiré à la dernière minute son projet de soumettre, mardi à la Chambre des lords, un vote de ratification du traité.
Sir Keir Starmer se retrouve ainsi confronté à une équation politique délicate. Le Premier ministre doit faire ratifier le traité avant le mois de mai, faute de quoi celui-ci tomberait. Cette échéance intervient alors qu’il fait face à un test électoral crucial avec une élection partielle à Gorton and Denton, présentée comme un scrutin à haut risque pour son leadership.
Le texte devrait revenir devant la Chambre des lords début mars, bien qu’aucune date officielle n’ait été fixée. Les libéraux-démocrates y font l’objet d’intenses pressions de la part des conservateurs pour voter contre le traité et ainsi l’enterrer. Un élément pourrait toutefois offrir un répit au Premier ministre : une rencontre prévue entre le pair libéral-démocrate lord Jeremy Purvis et des représentants chagossiens n’a finalement pas eu lieu cette semaine, laissant entrevoir la possibilité d’une abstention.
Même en cas de passage à la Chambre des lords, le traité devra encore être examiné par la Chambre des communes, où des amendements ont été déposés et où certains députés travaillistes manifestent des signes d’impatience.
Ramgoolam assure que le gouvernement «a des options»
Lors du dépôt de gerbes à Port-Louis, à l’occasion du 90e anniversaire du Parti travailliste (PTr), le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a indiqué que le gouvernement suit de près les développements relatifs au dossier des Chagos. Il a précisé avoir rencontré le «Deputy Prime Minister» hier et qu’il devait s’entretenir, ce mardi, avec l’«Attorney General» afin d’examiner les derniers développements.
À l’issue de ces consultations, un comité interministériel se réunira dans le courant de la semaine pour faire le point sur la situation. «J’ai déjà pris contact avec des juristes afin d’examiner les options qui s’offrent à Maurice. Ne croyez pas que nous n’avons pas d’options : nous en avons», a souligné Navin Ramgoolam.
Le gouvernement de transition de l’archipel des Chagos contre Londres et Port-Louis
Le gouvernement de transition de l’archipel des Chagos a annoncé avoir saisi plusieurs instances internationales afin de réaffirmer sa position sur l’avenir du territoire. Dans un communiqué daté du 22 février, cette structure affirme avoir transmis un dossier de preuves et de revendications à la Cour pénale internationale, à l’Organisation des Nations unies et à l’Union africaine.
La démarche vise à dénoncer les «crimes persistants de déportation et d’empêchement au retour», qualifiés de crimes contre l’humanité. Le gouvernement de transition demande également l’application immédiate des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies sur la décolonisation complète et sollicite un soutien diplomatique accru de l’Union africaine dans le cadre de l’intégrité territoriale du continent.
Le communiqué s’articule autour de trois principes jugés «non négociables». Le premier concerne l’autodétermination intégrale du peuple chagossien, qui récuse tout accord bilatéral conclu sans sa participation directe et son consentement préalable. Le deuxième principe porte sur le droit au retour et à la dignité, avec la mise en place de modalités techniques et juridiques pour le repeuplement immédiat de l’archipel par ses habitants originels et leurs descendants.
Enfin, le troisième volet concerne la gouvernance territoriale, à travers l’établissement d’une administration civile souveraine chargée de gérer les ressources et les zones maritimes conformément au droit international.
Le gouvernement de transition affirme par ailleurs bénéficier d’un «élan de solidarité panafricaine». Plusieurs organisations politiques africaines auraient exprimé leur soutien à la cause chagossienne, dans le cadre d’une doctrine baptisée «Horizon 2050», qui prône une souveraineté effective de tous les territoires africains, y compris insulaires.
Dans une déclaration citée dans le communiqué, Me Saïd Larifou, président du RIDJA-PACTEF, organisation politique panafricaine, estime que «le temps de l’errance et du silence imposé est révolu», et affirme que la saisine des instances internationales constitue une exigence d’application du droit et non une demande de faveur.



