Ile Maurice: Night Market à Port-Louis – L'euphorie des foules, l'angoisse des commerces

Le rideau étant tombé sur le Night Market de Port-Louis, l’heure est au bilan. Si l’événement a indéniablement attiré les foules et suscité un engouement populaire rare dans la capitale, il a aussi laissé un goût amer à une partie des commerçants opérant au quotidien. Entre animation urbaine, retombées économiques espérées et craintes pour l’avenir du commerce traditionnel, le débat reste ouvert.

Très actif durant les jours de tenue de ce marché nocturne, le député Ehsan Juman se dit satisfait du déroulement et de l’impact de l’événement. Pour lui, «cela a été un succès sur toute la ligne. Le Night Market a attiré plus de 100 000 visiteurs». Il met également en avant le travail accompli par les autorités locales : «Je dois souligner que la municipalité de Port-Louis a fait un très bon travail. Dès le lendemain du marché, les chemins ont été nettoyés et les commerces ont pu reprendre normalement. Le travail effectué par la police est aussi à saluer, car aucun incident majeur n’a été rapporté.»

Tout en reconnaissant que certains ajustements seront nécessaires, le député estime que l’expérience est prometteuse. «Il y a toujours des leçons à tirer et des améliorations à apporter pour l’avenir. Mais, globalement, c’est très encourageant et je suis ravi de voir l’effervescence que cela a créé dans la capitale», affirme-t-il.

Cette effervescence, justement, est l’un des éléments qui confortent Ehsan Juman dans sa vision d’une Port-Louis plus animée. «J’aurais aimé que cela se passe de la même manière dans d’autres villes, comme on le voit ailleurs dans le monde. Il ne faudrait pas que ce genre d’initiative soit limité à un seul mois, en décembre. L’idéal serait d’organiser un Night Market tous les mois, voire deux week-ends par mois», avance-t-il.


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Son ambition va au-delà d’un simple marché nocturne. Il souhaite voir Port-Louis évoluer vers un véritable pôle culturel et touristique. «J’aimerais que PortLouis devienne une Heritage City, avec des activités à la Citadelle, plus d’éclairage, des événements au théâtre ou à l’Aapravasi Ghat. Que les gens puissent circuler librement le week-end, qu’il y ait des stands de nourriture, que les magasins puissent rester ouverts le soir et que la ville soit vivante», explique-t-il.

Jusqu’à -70% de chiffre d’affaires

Dans cette optique, la collaboration avec le ministère du Tourisme est jugée essentielle. «Je me suis déjà entretenu avec le ministre Richard Duval et d’autres ministres pour obtenir le soutien de la MTPA, des hôtels ou encore des opérateurs de croisières. Faire venir les touristes à Port-Louis le soir serait bénéfique pour les petits commerces, les chauffeurs de taxi, les vans, les PME et, plus largement, pour l’économie urbaine», soutient-il.

Selon lui, au-delà de l’acte d’achat, le Night Market a aussi répondu à un besoin social. «Il y a un manque de distraction. Les Mauriciens sont sortis, ils sont venus de tous les coins de l’île. C’était un loisir accessible à tous, y compris pour ceux qui étaient en vacances sur l’île.»

Si la joie des uns est manifeste, elle ne fait pas celle des autres, en l’occurrence les commerçants traditionnels. Le président de la Victoria Urban Terminal Stall Holder Association, Hyder Rahman, évoque une période difficile et une grande déception. «La situation qui a prévalu a été le résultat d’une décision purement politique, prise pour créer un sentiment de « feel good factor » auprès du grand public», avance-t-il, tout en précisant qu’il s’exprime au nom des commerçants qu’il représente.

Selon lui, l’organisation de foires temporaires à travers l’île s’est faite au détriment des commerces établis tout au long de l’année. «Ces commerçants paient des loyers élevés, s’acquittent de la TVA et comptaient sur le mois de décembre pour améliorer leur trésorerie, réduire leur endettement et pouvoir honorer leurs engagements, notamment le paiement du bonus de fin d’année à leurs employés», explique-t-il.

Il déplore également ce qu’il qualifie d’«envahissement» de marchands saisonniers. «Les chiffres d’affaires ont régressé de 60 à 70% pour de nombreux commerces. Habituellement, la période de fin d’année est synonyme de hausse d’activité. Cette fois, les commerçants se retrouvent avec un surplus de stock», affirme-t-il.

Répéter l’expérience une à deux fois par mois

À Port-Louis, les inquiétudes se sont renforcées après les déclarations du ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, qui envisage d’institutionnaliser ce type de foire. «Nous envisageons d’organiser cet événement une fois par mois, voire deux fois par mois, en collaboration avec les autres ministères, la Traffic Management and Road Safety Unit et la RDA. Notre objectif est de rendre les villes et les villages plus vivants», a-t-il indiqué vers la fin du mois de décembre.

Une perspective qui suscite de vives craintes chez les commerçants concernés. «C’est une décision qui va à l’encontre des petits commerces. Nous pensions que les ex marchands ambulants bénéficieraient d’un soutien durable de l’État, mais ce sont surtout ceux qui ont travaillé pendant une quinzaine de jours qui ont profité. Ils sont partis, mais pourraient revenir chaque mois», regrette Hyder Rahman. Il annonce que des consultations sont en cours au sein des fronts communs pour décider de la marche à suivre. «Est-ce que cet exercice va se répéter tel quel ou le gouvernement va-t-il revoir sa décision ? La question reste posée», conclut-il.

Entre animation urbaine et préservation du commerce local, le Night Market de Port-Louis pose ainsi les bases d’un débat de fond sur le modèle de développement économique et social à privilégier pour les centres-villes.

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