Ile Maurice: Les PME se préparent à affronter 2026

L’année 2025 a été particulièrement exigeante pour les Petites et moyennes entreprises (PME) , confrontées à plusieurs changements fiscaux et réglementaires. En effet, près de 7 000 d’entre elles ont été directement impactées par l’abaissement du seuil d’assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), passé de Rs 6 millions à Rs 3 millions.
Depuis le 1er octobre, toutes les entreprises dépassant ce chiffre d’affaires doivent désormais s’enregistrer à la TVA, ce qui entraîne de nouvelles obligations administratives et financières. Parallèlement, la hausse des taxes sur le sucre et les produits dérivés a accentué la pression sur les PME : depuis le 6 juin 2025, le taux d’accise sur le sucre a doublé et, depuis octobre, il s’applique également aux chocolats et aux crèmes glacées. Pour de nombreuses entreprises, ces changements ont réduit les marges et compliqué la gestion quotidienne.
En plus de cela, les PME font face à des coûts de production en constante augmentation et à un endettement accumulé depuis la crise du Covid-19. Elles sont contraintes d’ajuster régulièrement leurs prix pour couvrir leurs charges et rester compétitives, tout en subissant une compression des marges. Malgré les efforts pour se redresser depuis 2020, l’augmentation du coût de la vie et les nouvelles obligations fiscales rendent 2026 tout aussi complexe et exigeante pour ces petites entreprises.
Vinay Kanhye, Managing Director de V Kanhye Health Foods Co Ltd, estime que 2026 sera très «challenging». Selon lui, les mots-clés pour réussir sont la digitalisation, l’automatisation et la modernisation. Il explique qu’avec le coût de la vie devenu extrêmement élevé à Maurice, «le système conventionnel pour les PME n’est plus suffisant» et que la digitalisation est désormais indispensable, notamment pour l’administration et les finances.
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Avant, certaines tâches se faisaient avec de simples fichiers mais aujourd’hui, les PME doivent utiliser des logiciels de gestion intégrée, permettant de suivre la production, le stock, les clients et la rentabilité en même temps. L’automatisation est également cruciale, car le manque de main-d’œuvre limite la capacité de travail, explique-t-il.
«Par exemple, j’ai arrêté de cultiver mes matières premières, car la main-d’œuvre est difficile à trouver et trop coûteuse, et nous devons désormais les importer, notamment de Madagascar.» Il souligne que les PME qui veulent se développer localement et à l’international n’auront pas d’autre choix que d’investir dans l’automatisation. Vinay Kanhye a lui-même investi dans ses équipements pour que deux ou trois personnes seulement puissent gérer efficacement le travail.
Dans le même esprit, d’autres chefs d’entreprise se tournent également vers la simplification et la digitalisation. Rohan Soobhah, directeur d’une compagnie productrice d’achards, souligne : «L’objectif est de simplifier nos factures. Une gestion plus efficace nous aidera à gagner du temps et à réduire les erreurs.»
D’autres choisissent de se diversifier pour mieux faire face aux fluctuations du marché. Jenny Leung, directrice d’une société spécialisée dans les huiles essentielles et diffuseurs, prévoit de lancer de nouveaux parfums et formats afin de toucher une clientèle plus large. «Nous voulons mieux résister aux changements du marché et proposer davantage de choix à nos clients.»
Plusieurs acteurs du secteur affichent leur détermination à se renforcer et à s’adapter en 2026. Iqbal Adam, qui dirige une entreprise spécialisée dans les confiseries, prévoit d’ajuster ses tarifs afin de préserver la compétitivité de ses produits. «La TVA et la taxe sur le sucre ont fait grimper nos coûts, mais nous voulons continuer à produire local», explique-t-il.
Alors que les entrepreneurs s’efforcent de moderniser et de revoir leurs pratiques, la question du soutien institutionnel se pose. Ajay Beedassee, président de la SME Chamber, insiste sur le soutien à apporter aux PME. Selon lui, les entreprises locales font déjà de leur mieux pour innover et revoir leurs pratiques.
«Il est facile de parler de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, mais sommes-nous vraiment prêts pour ça ? L’innovation doit se faire par étapes et avec le soutien du gouvernement. Avec la hausse des coûts et l’endettement, comment innover dans une situation financière difficile ? Le marché est restreint et il faut disposer d’un volume suffisant de commandes pour que la technologie soit rentable.» Il insiste aussi sur l’importance de participer à des foires internationales afin de gagner en visibilité. «Étant donné nos difficultés, nous n’avons pas les moyens d’y aller nous-mêmes. Notre situation financière ne nous le permet pas. Il nous faut un soutien pour accroître la visibilité des PME.»

