Ile Maurice: L'effet domino de la hausse des prix

L’inflation poursuit sa progression et se fait toujours sentir dans le quotidien des ménages. Selon les dernières données de Statistics Mauritius, l’indice des prix à la consommation est passé de 103,5 en décembre 2024 à 108,2 en décembre 2025, soit une hausse de 4,5 %. Le taux d’inflation global s’établit ainsi à 3,7 % et, même hors boissons alcoolisées et tabac, l’inflation reste significative à 3,5 %. Ces chiffres, pourtant abstraits pour certains, traduisent une réalité tangible et souvent difficile à vivre pour les Mauriciens.

Après avoir payé le loyer, réglé les factures et fait des courses, le constat est frappant : les prix ont augmenté de manière quasi généralisée, certains ayant même doublé. Ainsi, pour beaucoup, la compensation de Rs 635 pour le salaire de base ne dépassant pas Rs 50 000 reste insuffisante.

Comme l’avait indiqué Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), critiquant le montant de la compensation salariale,«Rs 20 par jour, qu’est-ce qu’un travailleur peut en faire ?» Parallèlement, les allocations sociales, comme la Contribution sociale généralisée, dont de nombreux ménages dépendaient pour ajuster leur budget mensuel, sont progressivement supprimées dans le Budget 2025-26 et devraient l’être complètement d’ici 2027.


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Comme indiqué dans le tableau, une comparaison des prix relevés dans les points de vente, en promotion et hors promotion, entre mars 2025 et janvier 2026 montre à quel point le coût de la vie évolue. Certains produits ont enregistré des hausses importantes : le poisson est passé de Rs 189 à Rs 349,90, le poulet entier frais de Rs 147,50 à Rs 249,90, le mouton désossé de Rs 185 à Rs 245,77, et le thé en vrac vanille de Rs 290 à Rs 316.

D’autres produits ont augmenté légèrement, comme les spaghettis, passant de Rs 76,40 à Rs 80,11. En revanche, des articles coûtent moins cher : le lait en poudre est passé de Rs 274,95 à Rs 263,32, la purée de tomates de Rs 56,50 à Rs 54,95, et le thon en conserve, de Rs 67,75 à Rs 57,95.

Derrière ces chiffres, le quotidien des familles reste marqué par des choix difficiles. Joana, mère de famille, en témoigne. «Les légumes, les boîtes de jus, les produits surgelés… tout a augmenté. Même avec la compensation, on ne sentira aucune différence. À chaque passage en caisse, il faut enlever quelque chose du chariot.» Son récit traduit le quotidien de nombreuses familles, contraintes de revoir leurs habitudes de consommation et de renoncer progressivement à l’équilibre de leur panier face à une inflation persistante.

Stéphane, père de famille, rappelle qu’auparavant, il était possible, après les dépenses mensuelles, de mettre un peu d’argent de côté. Mais avec la forte hausse du coût de la vie, cela devient impossible. Aujourd’hui, il est difficile pour une personne qui travaille d’économiser et de concrétiser un projet.

«Si nous devons acheter un appareil électroménager qui tombe en panne, il nous faut attendre, car nous ne pouvons plus effectuer de grosses dépenses de manière fréquente. Il faut faire beaucoup de sacrifices. Même sur les produits alimentaires, il faut parfois couper alors que les loisirs ou les sorties au restaurant deviennent un luxe. C’est vraiment se serrer la ceinture jusqu’à s’étouffer.»

Cette hausse ne se limite pas aux produits alimentaires et de base. Elle a un effet domino sur l’ensemble des services et secteurs de l’économie. Ali Saulik, propriétaire d’un appartement en location, explique : «Les charges mensuelles ou les taxes augmentent sans cesse. Pour rester à jour avec mes dépenses, je dois répercuter ces hausses sur mes locataires, mais eux aussi peinent à payer. C’est une spirale qui n’avantage personne.»

De la même manière, le transport devient un poste de dépenses de plus en plus lourd. Rudy Chellapen, chauffeur de taxi, confie : «L’essence et les pièces de rechange coûtent de plus en plus cher. Même si je fais plus de courses ou de trajets, mes revenus ne suivent pas. Chaque mois est un défi.»

L’inflation touche également l’éducation, secteur vital pour les familles. Vanessa Pierre, mère de deux enfants en école privée, témoigne : «Les frais de scolarité augmentent chaque année. Entre l’école, les cours particuliers et le matériel, il faut faire des arbitrages. Même avec nos économies, il reste très peu à côté pour autre chose.» Ainsi, les coûts liés à l’éducation se répercutent directement sur le budget familial, rendant toute planification difficile.

Les entrepreneurs ressentent également la pression. Roshan, propriétaire d’un magasin de vêtements, explique : «Les prix des tissus et des accessoires augmentent chaque mois. Pour maintenir mon magasin à flot, je dois répercuter ces hausses sur mes clients, mais beaucoup n’ont pas les moyens d’acheter.»

De son côté, Sharon, propriétaire d’un salon de coiffure, explique être prise au piège d’une hausse continue des coûts: «Mes fournisseurs augmentent sans arrêt leurs prix. Je dois régulièrement réajuster mes tarifs et forcément, les clients se plaignent», confie-t-elle. «Tou dimounn dan mem bato. Nou osi nou bann konsomater nou al sipermarse aste komision. Nou pena lot swa ki ogmant nou servis.»

Son amertume se tourne également vers les autorités. «Sa gouvernman-la pe zis fer dimounn krwar ki tou letan lakes vid. Gran promes ti fer, dimounn ti krwar ladan, pou finalman nanyen. Olie redres pei, li finn fer dimounn degout li», lâche-telle, traduisant un sentiment de lassitude et de colère partagé par de nombreux petits entrepreneurs et concommateurs.

Cette dynamique impacte directement le pouvoir d’achat. Avec le National Minimum Wage fixé à Rs 17 745 et des salariés percevant moins de Rs 50 000 par mois, il devient presque impossible pour des familles de joindre les deux bouts.

Entre le loyer, les courses, les factures d’électricité, d’eau, d’internet, les frais de scolarité, les médicaments et l’essence, chaque dépense supplémentaire peut déséquilibrer un budget déjà fragile. Arvind, employé dans le textile, résume ce sentiment : «On vit au jour le jour. On ne peut plus économiser pour un voyage, un projet ou même une sortie en famille. La moindre dépense supplémentaire déséquilibre tout. On ne fait que survivre.»

Les chiffres officiels permettent de mieux comprendre l’ampleur de la hausse. Selon Statistics Mauritius, les principales catégories ayant contribué à l’augmentation de l’indice des prix à la consommation en 2025 sont les aliments et boissons non alcoolisées (+1,4%), les boissons alcoolisées et le tabac (+8,9%), l’habillement et les chaussures (+2,6%), le logement et les combustibles (+3,3%), la santé (+7,7%), le transport (+3,9%), l’éducation (+6,7%), les services de restauration et d’hébergement (+11,5%) et les services d’assurance et financiers (+13,3%).

Cette progression, constante et généralisée, montre que la hausse des prix n’épargne aucun secteur et touche autant les besoins essentiels que les loisirs ou les services quotidiens. L’inflation ne se limite pas à un phénomène statistique, mais s’inscrit dans la vie réelle des Mauriciens, qui subissent une hausse continue des coûts.

Elle affecte tous les aspects du quotidien et impose des choix difficiles, mois après mois. L’effet domino se propage dans l’ensemble de l’économie : si la nourriture augmente, les restaurants suivent, puis les entrepreneurs répercutent à leur tour les hausses dans leurs services.

Telle est la situation malgré les mesures de soutien mises en oeuvre par le ministère du Commerce pour «soulager les consommateurs». Dans le cadre du Price Stabilisation Fund, plusieurs produits ont été subventionnés pour alléger le coût de la vie des consommateurs. Sur la première liste figurent le lait en poudre, avec une subvention de Rs 50 par kilo, l’huile de soja à Rs 15 le litre, les boîtes de lait infantile à Rs 55, les couches pour bébé à 50 sous l’unité et le fromage à Rs 10 la portion.

Une deuxième liste élargit ces aides au poisson en conserve à Rs 10 la boîte, aux couches pour adultes à Rs 50 le paquet de dix, ainsi qu’une subvention de Rs 100 sur certains médicaments utilisés pour le traitement du diabète, de l’hypertension et des maladies cardiovasculaires, qui sera effective au 1er février. Les prix des carburants ont également été ajustés, avec une baisse de Rs 5 le litre en décembre 2024, suivie récemment d’une réduction de Rs 2,75 le litre pour l’essence.

La hausse des prix est ainsi devenue une spirale infernale qui condamne beaucoup de Mauriciens à vivre au jour le jour, incapables d’épargner, de concrétiser un projet ou même de se faire un minimum plaisir.

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