Ile Maurice: La fête sous la pression du portefeuille

À la veille de la Saint-Sylvestre, les familles mauriciennes célèbrent avec retenue. Coût de la vie élevé, inflation persistante et budgets serrés imposent des choix. Entre prudence et besoin de se retrouver, le réveillon se prépare dans un équilibre délicat.
À l’approche du passage à 2026, la prudence domine dans les foyers. Inflation sur les produits alimentaires, dépenses incompressibles et salaires qui peinent à suivre : la fin d’année se vit comme un exercice d’équilibriste. Pour beaucoup, la fête reste essentielle, mais elle se réinvente, sous le signe de la modération.
L’achat de vêtements pour le réveillon et de cadeaux pour les proches demeure une tradition. Mais cette année, les dépenses sont plus réfléchies. Les consommateurs privilégient les soldes et les promotions de fin d’année dans les centres commerciaux. Une tenue pour adulte coûte en moyenne entre Rs 1 200 et Rs 2 500, selon la qualité. Pour les enfants, les familles optent souvent pour des articles plus simples ou réutilisables.
«Avant, on achetait sans trop compter. Aujourd’hui, on compare, on attend les promotions et on limite le superflu», explique Sunita, mère de famille à Beau-Bassin, employée dans une entreprise informatique à Ébène.
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Du côté des cadeaux, la tendance est aux présents utiles : vêtements, chaussures, parfums ou cartes-cadeaux. Le budget moyen consacré aux cadeaux varie entre Rs 3 000 et Rs 6 000 par foyer. Roland, mécanicien à son compte à Roches-Brunes, résume : «Ce n’est pas la valeur du cadeau qui compte, mais le geste. Il faut éviter de déséquilibrer le budget du mois suivant.»
Réalité des prix
C’est surtout sur le repas de la Saint-Sylvestre que les dépenses s’envolent. Les supermarchés enregistrent une forte affluence, même si certains commerçants notent une fréquentation légèrement inférieure à celle de l’an dernier, marquée par le versement d’un 14e mois. Les prix, eux, rappellent la réalité économique.
Le poulet se vend entre Rs 190 et Rs 230 le kilo, tandis que la dinde dépasse souvent Rs 400 le kilo. Les fruits de mer, très prisés pour le réveillon, restent chers : les crevettes s’affichent entre Rs 400 et Rs 600 le kilo, et le poisson frais dépasse fréquemment Rs 300 le kilo.
Les produits de base pèsent également lourd dans le panier. Un sac de riz de 5 kg coûte entre Rs 280 et Rs 350, l’huile comestible avoisine Rs 190 le litre, et les légumes voient leurs prix fluctuer selon l’offre et la demande. «On pense rester dans le budget, mais à la caisse, la facture dépasse toujours les prévisions», confie une consommatrice à Rose-Hill.
À cela s’ajoutent desserts et boissons. Un gâteau de fête coûte entre Rs 800 et Rs 1 500, tandis que les boissons non alcoolisées et quelques bouteilles de vin ou de spiritueux peuvent ajouter Rs 2 000 à Rs 4 000. Au total, un repas de Saint-Sylvestre pour une famille moyenne représente Rs 6 000 à Rs 10 000.
Malgré les contraintes, peu de familles envisagent de renoncer aux célébrations. «L’année a été éprouvante financièrement et moralement. Même en dépensant moins, on a besoin de se retrouver», confie un salarié du secteur privé. Beaucoup choisissent de recevoir à la maison, de cuisiner eux-mêmes et de limiter les extras.
Cette fin d’année illustre un paradoxe familier : restreindre les dépenses tout en préservant la convivialité. «On coupe sur certaines choses, mais on garde l’essentiel : être ensemble et commencer l’année avec un peu d’optimisme», résume une ouvrière. D’autant que, dès janvier, la rentrée scolaire s’impose. Livres, fournitures, uniformes et chaussures représentent une charge importante : Rs 3 000 à Rs 6 000 par enfant, selon le niveau.
Pour de nombreux ménages, la Saint-Sylvestre se vit donc dans un équilibre délicat : célébrer sans excès, se faire plaisir sans compromettre l’avenir immédiat. Une fin d’année marquée par la modération et la résilience, avec l’espoir que 2026 apporte davantage de stabilité économique et de sérénité.


