Ile Maurice: Judex Soulange – «Stagnation, inflation, chômage : enchaînement classique auquel Maurice n'échappe pas»

Judex Soulange, Chartered Marine Engineer, observe avec inquiétude la convergence de crises qui secoue le commerce maritime mondial – et leurs répercussions directes sur Maurice. Dans un contexte où les grandes routes commerciales sont perturbées par les tensions au Moyen-Orient, il estime que l’île n’est ni suffisamment préparée ni suffisamment outillée pour faire face aux chocs à venir.
Pour Judex Soulange, la situation actuelle dépasse le seul conflit États-Unis/Israël-Iran : «On assiste à une convergence de crises – géopolitique, économique, logistique – à une vitesse qui oblige à repenser fondamentalement le fonctionnement du transport maritime.» Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part considérable du pétrole mondial acheminé par voie maritime, est pratiquement paralysé depuis les récentes frappes militaires en Iran. Les grands armateurs ont suspendu leurs services en mer Rouge, déroutant leurs navires vers le cap de Bonne-Espérance. Ce contournement de l’Afrique n’est pas anodin : il allonge considérablement les délais de livraison, réduit la capacité disponible sur les marchés mondiaux et fait mécaniquement grimper les taux de fret.
Judex Soulange explique que ce n’est pas la première fois que les grandes artères du commerce mondial sont sous pression, mais la combinaison actuelle des facteurs – tensions au Moyen-Orient, recomposition des chaînes d’approvisionnement post-Covid, guerre en Ukraine, poussée protectionniste – est d’une ampleur inédite depuis des décennies.
Ce qui préoccupe particulièrement Judex Soulange, c’est l’exposition de Maurice à ces turbulences. L’île dépend de ces routes pour l’essentiel de ses importations – carburants, médicaments, denrées alimentaires, matières premières – comme pour ses exportations. Or, lorsque les taux de fret s’envolent et que les capacités de transport se réduisent, ce sont les petites économies insulaires qui trinquent en premier.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
L’ingénieur maritime décrit une dynamique en chaîne préoccupante. En effet, la perturbation des routes engendre une pénurie de marchandises, qui génère de l’inflation, laquelle freine la consommation et peut déboucher sur du chômage : «Stagnation, inflation, chômage : c’est un enchaînement classique et Maurice n’y échappe pas.»
L’essence, le diesel et l’électricité seront, selon lui, les premiers touchés par une hausse, de même que le prix des conteneurs : «Carburants, électricité, fret, denrées – la hausse est inévitable.» Il note par ailleurs que la fermeture de certains espaces aériens au Moyen-Orient, qui perturbe les liaisons entre l’Europe et l’Asie, entraîne des conséquences directes sur le tourisme, pilier de l’économie mauricienne.
Concernant le port, Judex Soulange met en garde que Port-Louis tire son épingle du jeu, mais pas sans conditions. Si ce dernier est cité comme hub de transbordement alternatif, notamment face à la congestion croissante du port du Cap, Judex Soulange met en garde contre toute lecture trop optimiste : «C’est potentiellement une opportunité. Mais être un point de passage ne suffit pas à constituer une stratégie. Sans investissement dans les compétences, les infrastructures et l’expertise locale, Maurice risque de rater cette fenêtre.»
Sur l’économie bleue, Judex Soulange souligne que si le gouvernement mauricien affiche de grandes ambitions dans ce secteur, plusieurs segments stratégiques n’auraient, selon lui, pas été suffisamment anticipés. Il cite notamment le gaz de pétrole liquéfié : «Une filière d’approvisionnement depuis Maputo aurait pu être développée. De même, les fermes solaires et les unités de dessalement de l’eau demeurent absentes des priorités immédiates.» Judex Soulange tient toutefois à saluer les efforts du ministère de l’Agro-industrie : «Le ministre Boolell oeuvre dans le bon sens pour mener l’économie bleue à bon port. La vision est louable et la direction encourageante.»



