Ile Maurice: Et si la fiscalité nourrissait les plus démunis ?

Une déduction fiscale sur les donations alimentaires faites par les agro-entreprises à des Organisations non gouvernementales (ONG) enregistrées. C’est la mesure que FoodWise soumet au gouvernement pour le Budget 2026-2027.

Simple dans sa mécanique, potentiellement massive dans son impact : selon les estimations de l’entreprise sociale, elle permettrait de redistribuer entre 1,3 et 3 millions de repas supplémentaires chaque année à Maurice.

Le dispositif cible les acteurs du secteur agroalimentaire – importateurs, distributeurs, revendeurs et producteurs. Ceux-ci pourraient déduire de leurs impôts la valeur des donations alimentaires faites à des ONG enregistrées auprès de la National Social Inclusion Foundation, dans la limite d’un plafond de 10 % de leur revenu imposable annuel.

La déduction serait calculée sur le coût de production et non sur la valeur marchande, une distinction qui limite les risques d’optimisation fiscale abusive. Pour en bénéficier, les entreprises devront fournir reçus et bons de livraison, pour les communiquer à la Mauritius Revenue Authority lors de leur déclaration annuelle.


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Cette proposition émerge dans un contexte qui parle de lui-même. Chaque minute, à Maurice, 279 kg de nourriture encore consommable finissent à la poubelle.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’île génère 118 632 tonnes de déchets alimentaires par an – soit 325 tonnes chaque jour. Dans le même temps, plus de 100 000 Mauriciens souffrent d’insécurité alimentaire. La dernière étude de FoodWise dans le sud du pays révèle que 22 000 personnes vivent dans cette situation dans cette seule région.

Les Unsolds au coeur de la campagne sont ces fruits, légumes, produits laitiers et denrées invendus par les supermarchés, restaurants, distributeurs ou producteurs – une nourriture parfaitement consommable, mais jetée faute de système ou de soutien pour la redistribuer. «Derrière chaque invendu jeté, il y a des aliments encore consommables qui pourraient bénéficier à ceux qui en ont vraiment besoin», souligne Aisha Allee, présidente du conseil d’administration de FoodWise.

FoodWise ne part pas de rien. Des pays ont déjà emprunté cette voie, avec des résultats probants. En France, des mesures similaires ont entraîné une hausse de plus de 30 % des dons alimentaires dès la première année suivant leur adoption.

Aux États-Unis, la PATH Act a généré une augmentation de 13 7% des dons. La Colombie, elle, a même renforcé son mécanisme en 2024, portant le plafond de déduction de 25 % à 37 % – preuve que ce dispositif peut s’améliorer dans le temps. L’argument environnemental vient compléter l’argument social. Les denrées non redistribuées finissent à Mare-Chicose, où leur décomposition produit du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement nocif. Réduire ces déchets alimentaires, c’est aussi alléger la pression sur la décharge nationale.

Fédérer avant de convaincre

Pour porter cette proposition, FoodWise ne mise pas uniquement sur le plaidoyer institutionnel. L’entreprise sociale a mis en place le Pact on Food Tax Relief, un engagement collectif et formel déjà signé par une vingtaine d’entreprises et d’ONG du secteur privé et de la société civile. L’idée : démontrer que la demande vient du terrain, pas seulement d’une organisation isolée. Un événement de signature public serait en préparation.

La campagne Save the Unsolds, lancée le 2 avril, sert de caisse de résonance à ce plaidoyer. Elle s’adresse au grand public, aux entreprises, aux institutions et surtout aux décideurs – à quelques semaines des consultations budgétaires. «C’est un appel collectif : chaque entreprise, chaque institution, chaque citoyen a un rôle à jouer», insiste Lotilde Charpy, General Manager de FoodWise. Derrière la campagne, huit ans de terrain.

Depuis novembre 2018, FoodWise a redistribué plus de 8,1 millions de repas à travers un réseau de 233 ONG bénéficiaires, grâce à 388 donateurs et 25 561 dons. Ce sont ces données opérationnelles qui servent de base aux projections avancées pour la mesure budgétaire. Ce que l’organisation demande aujourd’hui, c’est simplement que la loi suive ce que la pratique a déjà démontré comme possible.

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