Ile Maurice: Dans l'ombre d'un chantier, un couple de gardiens lance un appel à l'aide

Sans fiche de paie, sans congé et sans équipement de protection. Dans le sud du pays, un couple assure depuis plus de deux mois la surveillance d’un vaste terrain dans des conditions qu’il juge précaires. Entre inquiétude pour leur sécurité et fatigue accumulée, ils lancent aujourd’hui un appel aux autorités afin que leur situation soit examinée.
Tous les jours, du lundi au dimanche, ils effectuent des rondes sur un vaste espace qu’ils estiment à environ 25 arpents. Pourtant, expliquent-ils, ils accomplissent cette tâche sans disposer d’équipements de base généralement associés au travail dans la sécurité. «On circule en savates sur le terrain. Nous n’avons pas d’équipements adaptés ni de protection particulière», confie l’époux. Dans cet environnement isolé, la situation devient parfois inquiétante. Il raconte que des personnes dépendantes à la drogue s’introduisent régulièrement sur les terrains environnants.
Des toxicomanes y rôdent
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Selon lui, la présence de seringues et d’objets liés à la consommation de substances illicites a déjà été constatée sur le site. «On voit parfois des toxicomanes venir sur les terrains autour. Il nous est arrivé de voir des seringues au sol et d’autres produits. Mais nous ne pouvons rien faire et cela nous fait peur. Nous craignons pour notre sécurité», explique-t-il.
Malgré ces inquiétudes, le couple affirme continuer d’assurer la surveillance du site jour après jour. La charge de travail, disent-ils, est lourde. Ils indiquent travailler sans bénéficier d’un jour de repos hebdomadaire depuis leur prise de fonction. «Nous travaillons tous les jours, du lundi au dimanche. Il n’y a pas de congé. Lorsque nous évoquons la question de repos, on nous fait comprendre que cela ne sera pas possible», raconte le gardien.
À cette situation s’ajoute, selon eux, une absence de formalités administratives. L’homme explique qu’ils ne disposent ni de contrat de travail ni de fiche de paie attestant officiellement de leur emploi. «Nous n’avons ni payslip ni contrat. Pourtant, nous avons la responsabilité de surveiller un terrain très vaste», souligne-t-il, visiblement éprouvé par la situation.
Pour ce couple, la difficulté ne se limite pas uniquement au travail sur le terrain. Leur vie familiale en souffre également. Comme ils travaillent tous les deux au même endroit et aux mêmes horaires, ils disent avoir très peu de temps à consacrer à leurs enfants.
«Nous ne voyons presque pas nos enfants. Nous sommes toujours sur le site. Parfois, on ressent simplement le besoin de se reposer ou de passer un moment en famille», confie le père. Dans un moment de fatigue extrême, ils disent avoir dû recourir à un stratagème pour pouvoir souffler une journée. «Une fois, nous avons dit qu’il y avait un décès dans la famille pour pouvoir prendre un peu de repos et passer une journée avec nos enfants. Mais la journée de travail a été déduite de notre salaire», raconte-t-il.
«Nous voulons simplement être protégés»
Au-delà de la fatigue et de l’inquiétude, c’est surtout un sentiment d’impuissance qui ressort de leur témoignage. L’homme affirme avoir été averti de ne pas évoquer publiquement ses conditions de travail. Malgré tout, le couple a choisi de faire entendre sa voix, espérant que leur situation puisse être examinée avec attention. Aujourd’hui, ils lancent un appel aux autorités concernées afin qu’une solution puisse être trouvée rapidement. Leur souhait, disent-ils, n’est pas de créer de conflit, mais simplement de pouvoir travailler dans des conditions sûres et dignes. «Nous voulons simplement être protégés et pouvoir travailler normalement», conclut le gardien.
Dans l’attente d’une éventuelle intervention des instances compétentes, le couple continue d’assurer sa mission de surveillance, jour et nuit, sur ce terrain du sud. Mais derrière cette présence discrète se cache une réalité faite de fatigue, d’inquiétude et d’espoir qu’une amélioration intervienne bientôt.



