Ile Maurice: Après les critiques de Trump, Londres et Washington affichent l'unité

Selon le journal britannique «The Independent», le Royaume-Uni et les États-Unis ont réaffirmé, cette semaine, l’importance stratégique majeure de la base militaire américano-britannique située dans l’archipel des Chagos, après les critiques virulentes du président américain Donald Trump à l’encontre de l’accord conclu en 2025 entre Londres et Maurice.
Downing Street a confirmé que le Premier ministre britannique sir Keir Starmer et le président américain Donald Trump se sont entretenus au téléphone, mardi, le 3 février, et qu’ils avaient convenu de travailler de concert afin de garantir la continuité des opérations de la base de Diego Garcia.
Dans un communiqué officiel, Downing Street a indiqué que les deux dirigeants avaient reconnu «l’importance stratégique» de la base aérienne américano-britannique et qu’ils avaient décidé de poursuivre leur coopération pour en assurer le fonctionnement futur. Il a également été précisé que les deux chefs d’État se reparleraient prochainement afin de suivre le dossier. Une décision qui met fin à une phase de fortes tensions diplomatiques, déclenchées par les déclarations publiques de Donald Trump, le mois dernier.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
En janvier, le président américain avait qualifié d’«acte de faiblesse totale» et de «grande stupidité» l’accord britannique visant à céder la souveraineté de l’archipel des Chagos à Maurice, tout en maintenant une présence militaire occidentale à Diego Garcia. Ces propos avaient provoqué un malaise au sein du gouvernement britannique alors que la ratification de l’accord au Parlement est proche.
Volonté commune
Downing Street a tenu à préciser que l’entretien téléphonique du 3 février marquait une volonté commune de mettre ces différends de côté, du moins en ce qui concerne la base militaire. Une porte-parole a déclaré, dans le compte rendu officiel de l’échange que «s’agissant de Diego Garcia et de l’accord que le Royaume-Uni a sécurisé pour maintenir le contrôle de la base militaire américano-britannique afin de protéger la sécurité nationale, les dirigeants ont reconnu son importance stratégique. Ils ont convenu que leurs gouvernements continueraient à travailler étroitement pour garantir l’avenir opérationnel de la base.»
Le processus parlementaire visant à ratifier l’accord est désormais à un stade avancé, bien que son calendrier ait été perturbé par la sortie médiatique de Donald Trump. Une précédente conversation entre sir Keir Starmer et le président américain, le 24 janvier, n’avait fait aucune mention du dossier des Chagos. La semaine dernière encore, le Premier ministre britannique affirmait que l’administration Trump avait initialement soutenu l’accord «en des termes très clairs», après validation par les agences de renseignement américaines, rappelant que ce soutien avait été exprimé publiquement.
Dans ce contexte, Downing Street a également réagi fermement aux propos de Lord Mandelson, rapportés par The Times, faisant état d’un supposé «flottement» au sein du gouvernement britannique concernant l’accord. L’ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, aujourd’hui au coeur d’une controverse liée à ses relations passées avec le sulfureux financier Jeffrey Epstein, a affirmé avoir perçu au printemps 2025 une hésitation croissante à Londres quant à la faisabilité politique et juridique de l’accord.
Mandelson contesté
Dans une interview accordée au Times, Lord Mandelson a déclaré avoir été informé d’un «sérieux malaise» autour de l’accord et de sa capacité à être accepté par le public britannique.
Lord Mandelson s’est dit «modérément horrifié» par l’attaque de Donald Trump en janvier, rappelant qu’il avait personnellement oeuvré pour obtenir le soutien de l’administration américaine à l’accord. Ces déclarations ont toutefois été vivement contestées par le porte-parole officiel du Premier ministre, qui a rejeté toute idée de doute sur la nécessité juridique de l’accord.
Selon ce porte-parole, le gouvernement a été «parfaitement clair» sur l’importance stratégique et sécuritaire du dispositif. Il a insisté sur le fait que la situation héritée par l’exécutif actuel menaçait le fonctionnement effectif de la base militaire.
Il a également rejeté l’argument selon lequel l’accord aurait été négocié uniquement à la suite de l’avis consultatif rendu en 2019 par l’International Court of Justice, estimant que cette lecture était «tout simplement erronée». Le porte-parole de Downing Street a ajouté que, sans accord, Maurice aurait inévitablement cherché à obtenir un jugement juridiquement contraignant, lequel aurait été appliqué par d’autres États et organisations internationales. Une telle situation aurait, selon lui, entraîné des conséquences opérationnelles concrètes et graves pour la base de Diego Garcia. Quant au supposé «flottement», il l’a attribué aux changements de gouvernements intervenus en novembre 2024, tant aux États-Unis qu’à Maurice, nécessitant une réévaluation normale du dossier par les nouvelles administrations, tout en réaffirmant que la position britannique demeure inchangée.


