Guinée : Après l'élection présidentielle, le projet de Doumbouya

Si la promesse avait été faite à l’époque par la junte au pouvoir en Guinée de tenir les élections législatives et la présidentielle avant la fin de 2025, force est de reconnaitre que la présidentielle a eu lieu à date, dans les conditions que l’on sait.

En revanche, les législatives et communales, comme on pouvait l’imaginer, ont été repoussées à une date plus qu’incertaine.

Cela peut bien se comprendre au regard des délais du processus électoral, sans doute, mais aussi des prérequis nécessaires à un scrutin assez particulier, car touchant directement à la gouvernance des localités, avec une arrière-pensée certaine sur le maillage territorial pour le nouveau régime. Cette prochaine échéance aura le mérite de sceller définitivement la fin de la transition en Guinée, avec l’avènement d’une architecture institutionnelle, pour les 7 années à venir, aux termes de la nouvelle Constitution.

D’ores et déjà, le gouvernement en place s’emploie à polir l’image du régime à l’extérieur. La CEDEAO et l’UA ont levé tous les obstacles à la pleine participation de la Guinée à leurs instances. À la limite on déroule le tapis rouge à Mamadi Doumbouya.


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À l’intérieur du pays, l’heure semble être à la continuité, après les ajustements, voire les manœuvres, pour un savant dosage gouvernemental dans la perspective des prochaines législatives. De ce point de vue, on peut dire que les ambitions du président Doumbouya se précisent. Avec ce nouveau gouvernement, on peut entrevoir une volonté de reproduire le score de la présidentielle, lors des prochaines élections législatives et municipales, avec une équipe disposant d’une base électorale solide. L’approche séquentielle dans la formation du gouvernement est à ce titre révélatrice, tout en suscitant des interrogations. En effet, sur un effectif de 29 ministres prévus, 20 ont été nommés dans un premier temps, avant les 9 autres.

Selon certains observateurs, il faut voir dans cet acte posé par le président Mamadi Doumbouya un signe, voire une logique d’ouverture, pour ratisser large au sein des technocrates et de la classe politique, et comme il est de coutume aujourd’hui en Afrique de l’Ouest, et ainsi tenter de convier une frange de l’opposition ou de ce qui en reste à sa gouvernance. D’ici les prochaines législatives, cette tendance pourrait se confirmer, sauf si les restrictions aux activités des partis politiques ne sont pas levées.

Pour d’autres en revanche, il y a eu au départ un problème d’équilibre à rechercher au sein de la mouvance présidentielle, en ce sens que certains piliers de l’ancien gouvernement, 24 au total, qui ont « mouillé » le maillot lors des précédentes échéances (référendum, présidentielle) sont rejoints par cinq nouveaux entrants, dans l’attelage, portant le nombre de femmes à sept.

Il ne fait pas de doute que les différents profils qu’on voit dans ce gouvernement restent malgré tout très politiques, pour des raisons que l’on peut imaginer. Les échéances électorales, qui selon toute vraisemblance auront lieu avant le début de l’hivernage (entre Avril et Mai probablement), selon le porte-parole du gouvernement guinéen, Ousmane Gaoual Diallo, laissent croire qu’on se prépare à assurer l’essentiel pour le mandat en cours.

Toutefois, l’enjeu pour le président Doumbouya, auréolé de son statut de président élu parmi ses pairs lors de la 39ème session du sommet de l’Union africaine, est de boucler le processus de transition, comme le lui suggère diplomatiquement la CEDEAO, et de renouer avec des institutions démocratiques en lieu et place du Conseil national de transition, et de renouer avec les 342 exécutifs locaux élus dissous en 2024, et remplacés par des délégations spéciales.

Le président Doumbouya qui a renoué avec les investisseurs autour de son immense Programme Simandou 2040, estimé à 200 milliards de dollars, est aujourd’hui très soucieux de son image, qui passe par la mise en place d’institutions de gouvernance démocratique crédibles, et bien sûr la pacification de l’espace politique en Guinée. Un sérieux challenge !

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