Ghana: il y a 60 ans, le président Kwame Nkrumah était renversé par un coup d'État

Au Ghana, il y a soixante ans jour pour jour, le premier président et architecte de l’indépendance du pays en 1957, Kwame Nkrumah, était renversé par un coup d’État. Le 24 février 1966, une opération éclair est menée par des policiers et des militaires, mettant fin à près de 14 années de pouvoir de l’une des plus grandes figures du panafricanisme, démarré en tant que Premier ministre pendant la fin de la période coloniale. Cet événement a eu des répercussions aussi bien nationales que continentales.
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Avec notre correspondant à Accra, Victor Cariou
Si les premières années de pouvoir de Kwame Nkrumah riment avec un véritable essor économique du Ghana, le début des années 1960 marque le basculement du pays dans une situation de grande précarité, comme le rappelle Kwame Osei Kwarteng, historien à l’université de Cape Coast. « La situation économique n’était pas bonne. Il y avait des pénuries de produits essentiels, et des entreprises créées par le pouvoir opéraient en dessous de leur capacité. Les gens souffraient », explique-t-il.
Face à une grogne populaire croissante et des tentatives d’assassinat sur sa personne, l’exercice du pouvoir de Kwame Nkrumah devient de plus en plus autocratique. Un changement consacré par la réforme constitutionnelle de 1964. « Un référendum a consacré Kwame Nkrumah comme président à vie, et fait du Ghana un pays à parti unique. Il n’y avait plus aucune liberté d’expression, et les arrestations arbitraires se multipliaient », ajoute Kwame Osei Kwarteng.
Un coup d’État le 24 février 1966
Invoquant la nécessaire lutte contre un homme perçu par certains comme un dictateur, un groupe de policiers et de militaires décide de passer à l’action le 24 février 1966. Profitant de l’absence du chef d’État, alors en visite officielle en Chine, ils prennent le pouvoir lors d’une opération éclair. À la radio, le lieutenant-colonel Emmanuel Kwasi Kotoka, l’un des principaux instigateurs du coup, déclare alors ceci : « Le mythe de Kwame Nkrumah est brisé. »
Et au Ghana, le souvenir de ce coup continue encore, 60 ans plus tard, de diviser la société et la classe politique, notamment entre les deux principaux partis, le Nouveau Parti patriotique et le Congrès démocratique national, aujourd’hui au pouvoir.
Dernier exemple en date : la volonté de l’administration actuelle de changer le nom de l’aéroport d’Accra, afin que ce dernier ne rende plus hommage au lieutenant-colonel Emmanuel Kwasi Kotoka, l’un des principaux instigateurs du coup. Un débat mémoriel donc toujours très présent.
Il y a ceux qui considèrent que le coup d’État était une nécessité et doit être considéré comme une célébration de la démocratie. (…) En face, il y a ceux qui disent que, étant donné l’implication aujourd’hui reconnue de la CIA dans ce coup d’État, les accusations visant Kwame Nkrumah à l’époque n’étaient que propagande, créée pour lui faire quitter le pouvoir, notamment en raison de son projet panafricain.
Chris Atadika, chercheur en sciences politiques à l’Université du Ghana
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