Génocide des Tutsis au Rwanda: la parole aux parties civiles dans le procès de Claude Muhayimana à Paris

Dans le procès du Franco-Rwandais Claude Muhayimana, à Paris, place aux plaidoiries des parties civiles ce mercredi 25 février. Cet ancien chauffeur sur les rives du lac Kivu est accusé d’avoir transporté des tueurs interamwhe sur les lieux de massacre. Il avait été condamné à 14 ans de prison en première instance, mais il clame son innocence et a fait appel. Pendant presque quatre semaines de procès ont défilé à la barre : des témoins, des historiens et des rescapés du génocide, certains venus directement de Kigali.
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Avant les plaidoiries, deux experts : un psychologue et un psychanalyste. Ils brossent le portrait d’un homme « parfaitement normal », en possession de toutes ses capacités psychiques et cognitives. Il est peu influençable et pas particulièrement manipulable. Des remarques d’importance puisque tout l’enjeu du procès est de savoir si Claude Muhayimana a agi volontairement ou sous la contrainte.
Or, même dans le contexte d’un génocide, il est possible d’user de son libre-arbitre, considère maître Alexandre Kiabski, l’un des dix avocats des parties civiles : « C’est possible que des Hutus aient agi sous la contrainte, mais on a eu ce débat en première instance, et il avait été expliqué que des chauffeurs avaient pu refuser sans aucune conséquences. » Pour les dix avocats des parties civiles, qui représentent des rescapés du génocide et des associations comme Ibuka et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, Claude Muhayimana n’est pas qu’un « simple chauffeur » comme il se dépeint lui-même.
Il est, selon les uns, « menteur et opportuniste », voire « complotiste », selon d’autres. Car il nie tous les témoignages qui l’accablent. Ceux qui disent l’avoir vu au volant d’un camion transportant des tueurs interahamwe sur les collines de Bisesero « mentent », les rescapés « mentent », et les procès-verbaux « ont été mal rédigés ».
Marcel Kabanda, historien et président d’Ibuka France, constituée partie civile, rappelle qu’au cœur des six procès qui ont eu lieu en France, aucun des condamnés n’a reconnu son rôle dans le génocide : « Ils nient tous. Ils n’ont rien vu, ils n’ont rien fait. Tout cela ne sont que des mensonges. Ils sont plutôt victimes de leur opposition et de leur position politique. Il ne peut pas avoir de pardon, puisqu’ils se considèrent comme victimes d’un complot. »
La défense appuie sur le manque de preuves
Sur le banc des accusés, Muhayimana écoute, les coudes sur la table, le visage calé sur une main. Il se dit innocent et estime subir un « retour de bâton ». Selon lui, les autorités rwandaises veulent lui faire payer son refus de témoigner contre les militaires français de l’opération Turquoise, avec lesquels il a collaboré.
La défense pointe l’absence de preuves concrètes qui incrimineraient Claude Muhayimana. Impossible qu’il y en ait, abonde Dafroza Gauthier, fondatrice du Collectif des parties civiles pour le Rwanda : « La preuve matérielle aujourd’hui, il faut que tout le monde se rende à l’évidence, nous n’en avons pas. Même les églises ont été nettoyées. Certains [lieux] ont été complètement dynamités et on a reconstruit à côté. Donc dans les procès pour génocide, 30 ans après, vous n’aurez rien du tout. »
La défense, qui ne souhaite pas s’exprimer avant sa plaidoirie, a tout de même esquissé sa ligne, par le biais d’une question : celle de savoir s’il est vraiment raisonnable de chercher la responsabilité individuelle de Claude Muhayimana parmi tant de massacres collectifs.
À la barre, un avocat souligne que les « survivants ont soif de vérité ». En conclusion, l’un de ses confrères lève les yeux vers la cour et dit : « Certains ont écopé la perpétuité parce qu’on avait découvert qu’ils n’avaient pas dit toute la vérité ».
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