Génocide des Tutsis au Rwanda: Claude Muhayimana interrogé lors de son procès en appel à Paris

Claude Muhayimana est entendu dans son procès en appel pour complicité à la fois de génocide et de crimes contre l’humanité ce mardi 24 février à Paris. Ce Rwandais de 65 ans, naturalisé français et employé à la mairie de Rouen, avait été condamné en première instance à 14 ans de prison. Il assure n’avoir fait qu’obéir aux ordres des gendarmes et a, toute la journée, plaidé l’ignorance face aux crimes commis en 1994 dans un interrogatoire long et ponctué d’incohérences.
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L’interrogatoire a duré plus de dix heures pendant lesquelles la Cour a relevé plusieurs incohérences entre les affirmations de Claude Muhayimana et celles des témoins, mais il ne s’agit de rien d’incriminant, selon la défense. « D’abord, c’était il y a 32 ans. Ensuite, le procès, il a quand même énormément évolué. Je pense que toutes les cartes sont rebattues. Il n’y a pas d’éléments matériels contre nous. Je veux dire, c’est grave quand il n’y a que des témoignages », affirme Me Hugo Latrabe.
Claude Muhayimana est accusé d’avoir transporté des miliciens interahamwe sur les lieux de crime, se rendant complice d’un plan concerté, selon la Cour, visant à anéantir en partie ou en totalité le groupe des Tutsis. La présidente de la Cour précise qu’on ne peut pas accuser un criminel si l’on ne prouve pas qu’il s’est déroulé des crimes.
La question est donc de savoir si Claude Muhayimana reconnaît que des actes de génocide ont été commis. L’accusé affirme n’avoir vu personne être tué. Il ne nie pas les faits, mais assure ne pas avoir mesuré la gravité de la situation, rappelant que des massacres visant les Tutsis avaient déjà eu lieu.
Le verdict attendu ce vendredi
Pourtant, Claude Muhayimana habitait à Kibuye, sur les rives du lac Kivu, à quelques centaines de mètres d’un stade où des Tutsis se sont réfugiés en masse. La présidente insiste : comment explique-t-il cette arrivée, et que dire des messages diffusés à la radio divulguant des listes de noms ? À trois reprises, l’accusé s’effondre en larmes et laisse ses phrases en suspens. Le Franco-Rwandais reconnaît que la radio évoquait des attaques, mais il pensait qu’elles se déroulaient uniquement à Kigali et n’avait pas pris conscience que le mot d’ordre était de tuer.
Claude Muhayimana assure donc qu’il ne savait pas ce qu’il se passait sur les lieux où il conduisait les gendarmes amés. Une annonce étrange, pointe l’avocat des parties civiles, puisque l’accusé raconte lui-même avoir entendu des tirs de feu pendant plus de dix minutes, lorsqu’il attendait dans la voiture. « Quand on lui pose la question de savoir si on tirait sur les Tutsis, ce qui s’est passé exactement lorsqu’il a amené ces gendarmes là-bas, il nous dit qu’il a fait demi-tour et qu’il n’a pas vu ce qui s’est passé. Franchement, personne ne peut le croire », déclare Me Richard Gisagara.
Parmi les parties civiles figure Alain Gauthier, fondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), présent depuis le début du procès, tous les jours, à toutes les audiences. « Monsieur Muhayimana s’enferre dans tous les mensonges qu’il a proférés depuis le début de l’affaire, ajoute-t-il. Je vois madame la Présidente qui s’énerve un petit peu de temps en temps, qui le malmène, mais après, un procès n’est jamais gagné d’avance. Donc on va attendre quand même vendredi » que le verdict soit rendu.
Claude Muhayimana, condamné en première instance à 14 ans de prison, risque la réclusion criminelle à perpétuité. Il est le premier civil ordinaire jugé en France pour son rôle dans le génocide des Tutsis.
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