Frantz Fanon, derrière l’auteur anticolonialiste, le journaliste engagé

L’année 2025 a été celle du centenaire de la naissance de Frantz Fanon, psychiatre, militant et écrivain, figure emblématique de la lutte contre le colonialisme. Connu pour ses ouvrages emblématiques, Les damnés et la terre et Peau noire, masques blancs, il a aussi écrit de nombreux articles en tant que journaliste et éditorialiste. Ses écrits, réunis dans Pour la Révolution africaine – Écrits politiques, continuent d’inspirer les combats anticoloniaux et antiracistes.
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Grande figure de la lutte contre le colonialisme, Frantz Fanon est connu pour ses engagements. Né en Martinique il y a cent ans, il était psychiatre, militant, et écrivain, auteur entre autres des essais Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre. Penseur de la décolonisation, membre du Front de libération nationale (FLN), il a été l’ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).
Mais certaines de ses activités sont moins connues. Ainsi, Frantz Fanon a aussi été un journaliste et éditorialiste prolifique. Dès 1951, il écrit des articles publiés dans les colonnes d’Esprit, une revue d’idées française fondée en 1932. Dans l’un de ces articles, il analyse « L’expérience vécue du Noir » dans lequel il dénonce le racisme.
En 1953, alors qu’il est médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie, il signe « Le syndrome nord-africain », où il questionne le mépris du corps médical vis-à-vis des patients autochtones. Il publie aussi des chroniques et des analyses dans les colonnes de l’hebdomadaire Action, fondé en 1955 par Béchir Ben Yahmed, l’ancêtre de Jeune Afrique.
Militant pour la cause algérienne
Expulsé d’Algérie en janvier 1957, Frantz Fanon s’installe en Tunisie où il poursuit son action de militant pour la cause algérienne. Il intègre le service de presse du FLN. Débute alors une étroite collaboration. Le Martiniquais contribue à la restructuration du journal Résistance algérienne qui devient par la suite El Moudjahid, l’organe principal de la révolution algérienne. Il participe à son comité de rédaction et y publie des analyses.
Les écrits de Frantz Fanon popularisent la lutte du peuple algérien. Dans son article « La guerre d’Algérie et la libération des hommes », il prône une prise de conscience politique non seulement pour l’Algérie, mais aussi pour l’Afrique en général. L’éditorialiste appelle à l’unité africaine face au colonialisme.
Dans « Vérités premières à propos du problème colonial », paru dans El Moudjahid le 22 juillet 1958, il écrit : « Qu’il ne lui est plus possible d’avancer par régions, que, comme un grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité, qu’il n’y aura pas une Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre qui tente de s’arranger avec le colonialisme ».
Frantz Fanon analyse et dénonce le système colonial où qu’il se trouve. Au lendemain de l’assassinat du leader congolais Patrice Lumumba, le 17 janvier 1961, il écrit dans Afrique Action paru le 20 février 1961 : « Pouvions-nous faire autrement ? », une réflexion sur le combat anticolonialiste, ses obstacles et la lutte violente.
Complexités des Antilles
Dans ses articles, Frantz Fanon n’oublie pas sa terre natale. Il s’interroge sur la psychologie des Antillais et sur les relations entre les Antilles et l’Afrique. Dans la revue Esprit du 2 février 1955, il publie « Antillais et Africains », un article qui décrit les relations complexes, les préjugés entre Antillais et Africains. Il observe qu’une partie des Antillais rêve de l’assimilation et qu’une autre idéalise ses origines africaines. Il suggère, dans son analyse, un dépassement et une souveraineté psychique de la part de ses compatriotes.
Il est aussi préoccupé par la situation politique de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane, des colonies devenues départements français en 1946. Un nouveau statut institutionnel qu’il conteste.
À la création de la Fédération des Antilles (ou en anglais, « West Indies Federation »), formée de colonies britanniques des Antilles, le 3 janvier 1958, Frantz Fanon prend sa plume pour rédiger dans El Moudjahid un article intitulé « Aux Antilles, naissance d’une nation ». Quand, à la Martinique, de violents affrontements opposent forces de l’ordre et manifestants dans les rues de Fort-de-France, du dimanche 20 au mardi 22 décembre 1959, il publie dans les colonnes d’El Moudjahid : « Le sang coule aux Antilles sous domination française » où il dénonce « une répression sanglante ».
Le 6 décembre 1961, Frantz Fanon, figure de la lutte anticoloniale et de l’antiracisme décède à l’âge de 36 ans, d’une leucémie. Ses écrits analytiques et incisifs sont très divers. Une grande partie des articles qu’il a rédigés entre 1952 et 1961 sont réunis dans un livre posthume intitulé Pour la Révolution africaine – Écrits politiques.
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