France: interdiction de l'inhumation de «Monsieur Z», figure du régime génocidaire du Rwanda

En France, un Rwandais, considéré comme l’un des cerveaux du génocide des Tutsis en 1994, devait être inhumé à Orléans ce jeudi 28 août. La mairie a pris un arrêté interdisant l’enterrement sur la commune de Protais Zigiranyirazo, frère de l’ex-première dame du Rwanda, Agathe Habyarimana. La ville estime que l’enterrement de celui que l’on appelle Monsieur Z au Rwanda présente un risque de grave trouble à l’ordre public et que sa sépulture risque de devenir un lieu de glorification pour les complices du génocide.
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En France, alors que le maire d’Orléans s’opposait à enterrer dans sa commune Protais Zigiranyirazo « dit Monsieur Z » l’un des cerveaux du génocide au Rwanda, quarante-huit heures après le recours déposé par de la famille, la justice a confirmé cette interdiction. Risques de troubles à l’ordre public, moyens insuffisants pour assurer la sécurité du cimetière… Le tribunal administratif a tranché en donnant raison au maire d’Orléans, qui s’opposait à l’inhumation de « Monsieur Z ». Une décision incompréhensible pour l’avocat de la famille Philippe Meilhac. « Nul ne peut accepter cette décision injustifiable juridiquement. Pour l’instant, la dépouille va rester là où elle est, le temps qu’une nouvelle décision soit rendue, le plus rapidement possible je l’espère. Cette famille est placée dans une situation intenable moralement. Mon rôle est de faire en sorte que l’on puisse s’en sortir le plus vite possible. Un nouveau recours va être engagé sans plus tarder. Nous allons saisir une nouvelle fois le tribunal ainsi que le Conseil d’État », explique-t-il.
Si le feuilleton judiciaire continue dans l’attente de trouver une sépulture pour le défunt, la ville d’Orléans s’est retrouvée dans une situation inédite. Quelques jours avant la date des obsèques de Protais Zigiranyirazo, connu sous le pseudonyme de « Monsieur Z », la mairie a pris connaissance du passé de ce Rwandais, ancien beau-frère du président Habyarimana, assassiné en 1994.
Condamné puis acquitté par le TPIR
C’est le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association française de rescapés, qui a lancé l’alerte par un communiqué. « C’est un personnage qui a probablement participé à la préparation du génocide et si le Tribunal pénal international pour le Rwanda l’a acquitté, c’est uniquement pour des raisons de procédure », explique Alain Gauthier, le co-fondateur du CPCR, au micro de RFI.
Décédé le 3 août à Niamey (Niger) à l’âge de 87 ans, Protais Zigiranyirazo avait été condamné à vingt ans de prison pour génocide en première instance par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), mais avait été acquitté en appel en 2009. Les juges de la chambre d’appel avaient à l’époque conclu que leurs collègues de première instance s’étaient « gravement fourvoyés dans le traitement des preuves » et n’avoir d’autre choix que l’acquittement.
Et si ses obsèques devaient avoir lieu à Orléans, c’est que sa femme et une partie de ses proches y résident. « La France a toujours refusé que Monsieur Z vienne s’installer en France et je ne comprends pas pourquoi et comment la France a accédé à la demande de la famille », questionne Alain Gauthier.
Recours déposé par la famille de « Monsieur Z »
À la suite de cette décision, un recours avait été déposé mercredi après-midi devant le tribunal administratif d’Orléans, avait indiqué à l’AFP Philippe Meilhac, avocat de la famille, ce qu’a confirmé à l’agence l’instance judiciaire. Me Meilhac a indiqué que la tenue de la cérémonie religieuse prévue ce même jour à 11h00 (09h00 TU) devrait être reportée. Avant l’annonce du recours, l’évêque d’Orléans avait demandé que la cérémonie religieuse soit la plus sobre possible. Pas d’eucharistie, ni de témoignages sur le défunt, « par respect pour la mémoire des victimes ».
Beau-frère de l’ex-président hutu Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat le 6 avril 1994 allait donner le coup d’envoi du génocide des Tutsis au Rwanda, durant lequel quelque 800 000 personnes – membres de la minorité tutsie ou hutus modérés – ont été massacrés en quatre mois.
Il était également le frère aîné d’Agathe Habyarimana, veuve du président assassiné – laquelle, visée par une plainte de 2008 pour « complicité de génocide » vient de bénéficier mi-août d’un non-lieu de la justice française. « Monsieur Z » reste considéré par beaucoup comme l’un des cerveaux du cercle présidentiel hutu, soupçonné d’avoir planifié le génocide.
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