Éthiopie, Somaliland: Israël avance ses intérêts dans la corne de l'Afrique

Le président israélien Isaac Herzog était en Éthiopie mercredi 25 février. À Addis-Abeba, il a rencontré son homologue, mais aussi le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. L’Éthiopie reste un partenaire clé sur le continent et en particulier dans la corne de l’Afrique.
Les relations entre l’Éthiopie et Israël sont anciennes. Notamment en raison de la présence dans le pays d’une forte communauté de Juifs éthiopiens, forte de dizaines de milliers de personnes, dont une partie a été transférée en Israël au cours des années, notamment au cours d’opérations aériennes ayant marqué les esprits. La coopération entre les deux pays est économique, touche au développement, mais Israël a aussi la capacité de fournir des technologies de surveillance et de défense. Tout cela quelques années seulement après la guerre de 2020-2022 qui a fait 600 000 morts au Tigré, à la frontière avec le rival érythréen, et où la tension monte à nouveau ces dernières semaines.
Région stratégique
Cette visite s’inscrit aussi dans un contexte régional plus large. Israël s’intéresse beaucoup à la corne de l’Afrique. En décembre dernier, l’État hébreu a été le premier à reconnaître le Somaliland, territoire indépendantise auto-administré. Une reconnaissance dénoncée par la Somalie qui revendique la souveraineté sur ce territoire. Il borde la mer, face au détroit de Bab el Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge, l’une des routes maritimes commerciales les plus fréquentées au monde.
Il intéresse Israël pour cela et parce qu’il se trouve juste en face du Yemen, d’où les milices houthies lancent des missiles en direction de l’État hébreu. Les Houthis entretiennent des relations avec les Shebabs somaliens, ce qui rend la région d’autant plus stratégique. Israël aimerait sans doute que l’Éthiopie reconnaisse le Somaliland. Cela lui permettrait de briser son enclavement et d’avoir accès à la mer.
Rivalités régionales
Ce n’est pas aussi simple parce que de nombreux pays s’intéressent à la région, exactement pour les mêmes raisons géostratégiques et pour des raisons de rivalité régionales. Les Émirats arabes unis opèrent le port somalilandais de Berbera, et entretiennent de bonnes relations avec Israël depuis les accords d’Abraham qui ont entériné la normalisation des relations entre les deux pays. Mais il y a l’autre camp : l’Arabie saoudite est engagée dans une lutte d’influence avec son rival émirien qui concerne du Yemen, à la corne de l’Afrique et au Soudan où d’autres puissances extérieures entretiennent le conflit entre les factions.
Il y a par exemple la Turquie : justement, le président turc Recep Tayyip Erdogan était dimanche à Addis-Abeba pour apporter de l’aide et de la coopération mais aussi plaider pour le statu quo et déconseiller la reconnaissance du Somaliland par l’Éthiopie. Le gouvernement éthiopien est donc sous pression entre ses différents partenaires.
Guerre à Gaza
Et il ne voudrait pas non plus s’isoler du reste du continent où Israël n’a qu’une douzaine d’ambassades et où la guerre à Gaza a été très largement et très fermement condamnée. L’Afrique du Sud, par exemple, est à l’origine de la plainte qui a conduit le 26 janvier 2024 la Cour internationale de Justice à parler de plausibilité du risque de génocide. L’État hébreu a perdu son siège d’observateur à l’Union africaine.
Lors du dernier sommet de l’UA le 14 février, le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, avait appelé à l’arrêt de « l’extermination » du peuple palestinien.



