Est de la RDC: l’application des accords de paix stagne toujours et la situation humanitaire reste alarmante

Selon l’édition de janvier 2026 du Baromètre des accords de paix en Afrique, l’application des textes signés par les parties qui s’affrontent dans l’est de la RDC n’a pas progressé. La situation humanitaire reste par ailleurs alarmante au Congo, avec « une crise prolongée, complexe », selon le coordonnateur humanitaire, Bruno Lemarquis. Le Bureau des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) a publié ses derniers chiffres : plus de 5 millions de déplacés et 25 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire dans le pays.

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Avec notre correspondante à Kinshasa, Paulina Zidi

Le président de la RDC est de retour à Washington deux mois après avoir paraphé l’accord du même nom avec le Rwanda. Félix Tshisekedi a rencontré ce mercredi 4 février 2026 plusieurs membres de l’administration américaine, dont le secrétaire d’État Marc Rubio. L’occasion de faire le point sur l’application de cet accord dont les Américains sont garants.

Si l’on en croit le Baromètre des accords de paix en Afrique, il n’y a pas eu beaucoup d’avancée. Ce baromètre est une initiative indépendante dédiée au suivi, à l’évaluation et à la promotion de la mise en œuvre effective des accords de paix en Afrique. Or, sept mois après la signature, par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, selon ce baromètre, les progrès demeurent « limités, inégaux et en perte de dynamique », le taux global d’exécution étant resté inchangé à 23,3 %, sans évolution par rapport aux niveaux enregistrés en novembre et décembre 2025.

De fait, l’application des accords de Washington stagne depuis maintenant plusieurs mois et aucune nouvelle mise en œuvre n’a été enregistrée en janvier, indique le Baromètre, dans son dernier compte rendu. Rapport qui ne prend toutefois pas encore en compte le dernier protocole signé cette semaine à Doha sur les mécanismes de vérification du cessez-le-feu.

Quelques points positifs

Dans son document, le baromètre liste les défis et relève plusieurs obstacles : l’intensification des hostilités, la non-neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, un groupe composé à l’origine de génocidaires hutus rwandais), la non-levée des mesures défensives rwandaises, ainsi que des entraves continues à l’accès effectif de l’aide humanitaire aux populations civiles.

Le baromètre souligne quelques points positifs comme les différentes réunions à haut-niveau organisées ces dernières semaines au Togo et en Zambie, la tournée des facilitateurs de l’Union africaine dans la région ou encore le retrait du groupe politico-militaire AFC/M23 de la ville d’Uvira dans l’est de la RDC. Mais il appelle notamment les États-Unis à renforcer la pression diplomatique sur les parties.

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Insécurité alimentaire alarmante

Sur le plan humanitaire, il y avait 5,3 millions de déplacés à la fin du mois de décembre 2025. Un chiffre en baisse puisqu’en janvier 2025, il y en avait 7 millions. Mais il ne faut pas s’arrêter aux chiffres, estiment les humanitaires qui expliquent cette diminution par la fermeture des camps autour de Goma, dans la province du Nord-Kivu, après la prise de la ville par l’AFC/M23. Résultat : plus de 4 millions de personnes sont retournées, en grande partie dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, mais leurs conditions de vie sont restées difficiles, entre insécurité, manque d’accès aux soins et aux besoins de base comme la nourriture.

Selon le cadre intégré de classification de l’insécurité alimentaire (IPC), plus de 4 millions d’enfants de moins de 5 ans ainsi que plus d’1,5 million de femmes enceintes ou allaitantes seront concernées par la malnutrition aiguë. Parmi ces enfants, plus d’1,3 million présenteraient une forme sévère de malnutrition aiguë nécessitant une prise en charge médicale rapide.

Une situation particulièrement difficile dans les territoires de Mwenga et de Fizi, la zone où il y a actuellement d’importants affrontements. C’est là que se trouvent certaines lignes de front dans ces combats qui opposent l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda et toute une galaxie de groupes armés plus ou moins proches de cette rébellion, aux Forces armées de la RDC (FARDC) et à leurs alliés, dont les Wazalendos, ces milices d’autodéfense.

Cette zone est en alerte humanitaire : il y a eu au moins 100 000 nouveaux déplacés depuis la mi-décembre. L’administrateur du territoire évoque, lui, plus d’1 million de déplacés dans la région, 1,5 million pour toute la province. Et dans cette zone enclavée, le soutien tarde à répondre aux besoins. Il y a une vraie difficulté d’acheminement du matériel qui s’explique par la fermeture de la frontière avec le Burundi.

Deux accords ont été signés au cours des derniers mois pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est congolais. Une déclaration de principes définissant des engagements pour un cessez-le-feu a été signée à Doha par l’AFC/M23 et Kinshasa, tandis qu’un accord dit « pour la paix et la prospérité » a été entériné en décembre à Washington par la RDC et le Rwanda. Aucun des textes n’a jusqu’ici réussi à mettre un terme aux affrontements sur le terrain.

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