Entre stades fermés et terrains spoliés, la crise des infrastructures menace le foot congolais

Entre fermetures administratives, insécurité dans les enceintes sportives et spoliation des terrains municipaux, le football congolais traverse une période compliquée. Alors que le championnat national est à l’arrêt dans la capitale, clubs, supporters et acteurs du sport dénoncent l’urgence d’une politique de sauvegarde et de développement des infrastructures, vitales pour l’avenir du ballon rond en RDC.
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La RDC fait face à une crise de ses infrastructures sportives. La fermeture du Stade Tata Raphaël à Kinshasa, décidée par le ministère des Sports le vendredi 6 décembre, marque un nouveau coup dur pour le football national, constate notre correspondante à Kinshasa, Olga Masangu. Déjà suspendu le mois dernier par la CAF, le Stade des Martyrs est aujourd’hui en travaux, laissant Tata Raphaël comme dernier refuge pour les matchs de Ligue 1 et des divisions inférieures. Mais c’était avant la décision ministérielle. Désormais, la capitale n’a plus de stade homologué, et les interrogations se multiplient sur la suite du championnat.
Le ministère justifie sa décision par la nécessité de préserver le patrimoine public, mis à mal par l’impunité des clubs et de leurs supporters lors des rencontres. « Nos stades ne garantissent aucune sécurité, déjà. Maintenant, à l’organisateur de donner des garanties. Après tout, quand les équipes payent des amendes, au finish, les équipes ne réparent pas les casses. Et c’est l’État qui est pointé du doigt, à tort », analyse Christian Boukaya, journaliste sportif.
« C’est quoi l’idée ? »
Mais cette mesure ne fait pas l’unanimité. Les supporters déplorent une sanction collective qui ne résout pas le problème plus large du manque d’infrastructures et de la gestion du sport. « Nous, on va aller regarder les matchs dans quel stade ? Et puis quand le ministre parle de désordre, ce n’est pas qu’à Kinshasa, ce n’est pas qu’au stade Tata Raphaël. Il y a eu des troubles à Lukasi, à Kolwezi, à Lubumbashi, au stade Kibasa, à Kananga et partout. Et pendant cette période, c’est quoi l’idée ? » s’insurge une supportrice d’un club kinois.
Du côté de Lubumbashi, seul le stade du TP Mazembe reste officiellement opérationnel, bien qu’il présente aussi des problèmes d’éligibilité. Les clubs locaux, comme St Eloi Lupopo ou Maniema Union, y disputent tant bien que mal leurs rencontres africaines. Les autres terrains municipaux ne sont pas épargnés : entre tentatives de spoliation et détournements à des fins privées, comme à Karavia ou à Joli-site Kasangiri, les espaces dédiés au sport disparaissent au profit de constructions ou de marchés, a également noté notre correspondant à Lubumbashi, Pascal Mwangala.
L’exemple Kanjinga
Le stade Taba-Congo au sud-ouest de Lubumbashi reste un symbole de résistance, comme le rappelle Gaël Bouerevou, secrétaire du comité de gestion : « Le seul endroit de divertissement, un symbole pour tout le quartier. Ça a produit beaucoup de joueurs. Il y en a qui ont joué chez Mazembe, chez Lupopo. Et la récente qui est passée par ici, c’est Merveille Kanjinga, qui aujourd’hui est sociétaire de PSG en France. »
Pour Alain Bassila, journaliste sportif, il y a urgence à agir. Pour lui, il faut: « la définition et l’application d’une politique sportive tournée sur la construction des centres de formation moderne pour favoriser à la fois la formation des jeunes joueurs, l’éclosion des talents sans lesquels aucun développement réel du foot congolais ne pourrait intervenir. »
Faute de terrains, la jeunesse congolaise n’a souvent d’autre choix que de jouer dans la rue ou sur des parcelles improvisées. Une situation qui met en péril non seulement le présent du football national, mais aussi son avenir.



