En Tunisie, le réalisateur Nejib Belkadhi ressuscite l’émission mythique «Chems Allik»

En Tunisie, le réalisateur et acteur Nejib Belkadhi a ressuscité l’émission Chems Allik, une émission phare des années 2000 diffusée à l’époque par Canal Horizon en Tunisie. Son audace, son aspect décalé et sans tabous malgré la dictature, a marqué toute une génération de jeunes, à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas. Elle a ouvert la voie à une liberté d’expression et de ton qui résonne encore dans la période actuelle aujourd’hui.
De notre correspondante à Tunis,
La première projection à Tunis du documentaire consacré à Chams Allik a été marquée par l’émotion et les rires du public. Vingt-sept ans après la diffusion du premier épisode, Nejib Belkadhi, l’un des membres du casting, a pu exploiter des heures d’images d’archives restées sur VHS. « C’est l’IA, l’intelligence artificielle, qui nous permet aujourd’hui de restaurer ces images et de passer d’un format SD à un format 4K projetable sur grand écran », explique-t-il.
Nejib Belkadhi et ses acolytes, tous acteurs ou humoristes, se mettaient en scène dans les rues tunisiennes pour mener des interviews décalées. Leur émission offrait un sous-texte en opposition avec le traitement médiatique de l’époque, dominé par la censure sous la dictature de Zine El Abidine Ben Ali. « Sous ses airs de décalage, d’émission un peu satirique, il y avait une deuxième lecture qui était toujours là. On s’est intéressé aux gens oubliés. À l’époque, on ne parlait pas de tout ça, on n’avait pas le droit d’en parler. On ne parlait pas des gens marginalisés, des gens seuls, des gens qui ne travaillent pas, du racisme ou de l’émigration clandestine. Nous, on a pris le micro et la caméra, on est partis voir les gens dans les quartiers défavorisés, mais toujours dans le rire. Je crois que c’est ce qui nous a permis de continuer malgré la censure », confie-t-il.
Un moment fort
Certains épisodes ont toutefois été censurés, comme celui abordant le régionalisme. Le départ de Canal Horizons de Tunisie a mis fin à l’aventure après trois saisons. Revoir ces images aujourd’hui, dans un contexte politique toujours complexe, reste un moment fort pour Sawssen Maalej, actrice ayant participé à Chams Allik. « Avec le recul, on réalise qu’on faisait quelque chose d’assez résistant, de subversif. C’est un ton qu’on a perdu dans nos médias actuellement », souligne-t-elle.
La projection a également attiré de nombreux jeunes, comme Nour Jouini, 23 ans, étudiant. « Même si ce n’est pas ma génération, j’entends encore parler d’eux, car ils ont ouvert un espace d’expression à une époque où c’était quasi impossible. Leur façon d’aborder des sujets tabous, qui le restent jusqu’à aujourd’hui, était vraiment révolutionnaire », témoigne-t-il.
Ce documentaire hommage sera rediffusé en salles en Tunisie avant d’être mis en ligne sur YouTube, afin de rendre ces images numérisées accessibles à tous.
À lire aussiTunisie: des violations des droits humains observées sur tout le territoire



