En Tunisie, des fortes intempéries font plusieurs morts et paralysent partiellement le pays

Les autorités tunisiennes appellent toujours à la vigilance après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le pays entre dimanche 18 et mardi 20 janvier au soir. Au moins cinq morts ont été recensés, dont quatre à Moknine, dans le gouvernorat de Monastir au Sahel tunisien et dans la ville balnéaire de Nabeul, à une soixantaine de kilomètres de Tunis. Quatre pêcheurs sont portés disparus après naufrage de leur bateau pendant la pluie, tandis que l’un d’entre eux a survécu ayant pu nager vers une île à proximité du naufrage.

Publié le : Modifié le :


5 min Temps de lecture

De notre correspondante à Tunis,

Dans les rues de la Goulette, en banlieue nord de Tunis, une grande partie de l’artère principale est encore inondée mercredi 21 janvier. Les passants marchent pieds nus ou avec des chaussures de plage pour tenter de traverser les flaques d’eau et faire quelques courses dans les rares commerces restés ouverts.

Makram Sbouai a mis son ciré et a pris sa bicyclette pour aller au café, discuter de l’ampleur des dégâts avec ses voisins. « Personne n’est allé travailler, la moitié des transports publics sont à l’arrêt et on a dû dégager plusieurs voitures complètement inondées dans le quartier », explique-t-il. Il se dit blasé car à la Goulette, tout le monde s’est habitué aux inondations. « Cela fait des années que c’est un problème, dès qu’il pleut beaucoup ici, il y a un souci d’évacuation des eaux », dit-il en évoquant plusieurs projets mis en place pour aménager les voiries et dégager les eaux pluviales. « Sauf qu’après, les conseils municipaux ont été dissous (en 2023, NDLR) et il n’y a pas eu de suivi de ce projet par l’État », dénonce Makram.

Il confirme la mort mardi d’un habitant du quartier qui a voulu débrancher un câble face à l’eau qui est entrée dans sa maison et qui a été électrocuté. Les autorités n’ont pas encore confirmé son décès. 

Pas de transport public, ni d’éclairage dans les rues

Les rues de la Marsa, en banlieue nord de Tunis, restaient complètement vides mardi 20 janvier au soir. Cela alors que les averses se sont transformées en pluie fine en fin de journée. Une partie de ce quartier cossu a été inondé toute la journée.

Karim se rend au travail à pied, faute de transport public : « On ne peut qu’être reconnaissant pour la pluie, surtout après des années de sécheresse pour les agriculteurs. Mais ce qui me dérange, c’est l’absence de transports, critique le travailleur nocturne. Dès qu’il y a le moindre problème dans le pays, tout s’arrête ».

Dans l’une des seules sandwicheries restées ouvertes, des chats errants se sont mis à l’abri, Chiheb, vendeur, ne sait pas comment il va rentrer chez lui : « On a assuré toute la journée avec ma collègue qui habite encore plus loin que moi. Les employés qui assurent le relais l’après-midi n’ont pas pu venir. Imaginez : alors que j’habite à 15 minutes en voiture, j’ai mis une heure et demie ce matin pour arriver. » En plus de la difficulté logistique, le vendeur a peur de rentrer à pied avec le manque d’éclairage public et la pluie qui tombe encore : « Une voiture a failli me percuter sous la pluie aujourd’hui, parce qu’elle ne m’avait pas vu. »

« Où est la mairie ? Où sont les responsables locaux ? »

Dans l’épicerie voisine, Mehdi met un point d’honneur à rester ouvert 24h sur 24, raclette à la main pour évacuer l’eau qui remonte du caniveau. « Dans des moments comme ça, il faut s’entraider, j’ai vu beaucoup de gens venir spontanément aider à dégager l’eau ou désengorger certaines voies d’égouts. Bravo aux pompiers aussi. En revanche, où est la mairie ? Où sont les responsables locaux ? »

L’armée a été déployée dans certaines régions pour soutenir la protection civile dans les efforts de secourisme et de pompage des eaux, qui continuaient encore ce mercredi. Car les autorités craignaient le débordement des oueds et des crues, étant donné les précipitations qui risquent d’avoir lieu entre mercredi et jeudi.

Certains comme Mohamed Yussuf, migrant nigérian en Tunisie depuis sept mois, n’hésitent pas à sortir sous la pluie recouverts de sacs en plastique. Son métier de collecteur de plastique « berbecha » le force à fouiller les poubelles dans l’espoir de trouver du plastique à vendre à des dépôts de recyclage. « Cela prend tellement de temps d’amasser suffisamment de kilos de plastique pour gagner quelques dinars que je ne peux pas me permettre d’arrêter, même à cause de la pluie », explique-t-il. Malgré les pluies diluviennes, il poursuit son parcours de la Marsa vers d’autres quartiers, une quinzaine de kilomètres à pied « effectués entre 16h et 3h du matin ».

L’accumulation de déchets, le dépôt de gravats et le manque d’entretien pointés

Face aux dégâts causés par ces pluies diluviennes, plusieurs internautes ont dénoncé les défaillances dans les infrastructures, la vétusté des réseaux d’assainissement, une urbanisation non contrôlée et le manque d’entretien des systèmes d’évacuation des eaux.

« En quelques heures, j’ai vu des années d’équipements et de matériel partir sous l’eau, engloutis dans mon garage. Mon atelier, mon refuge, pendant que mon jardin se retrouvait sous près de 50 cm d’eau, ou plutôt de vase et d’égouts », déplore un internaute sur Facebook. Selon lui, l’accumulation des déchets et le dépôt de gravats de chantier illégal dans son quartier a aggravé les inondations.

D’autres citoyens ont interpellé directement le président Kaïs Saïed, qui s’est rendu à Ben Arous, en banlieue sud de Tunis, et à Nabeul (Nord-Est) pour constater les dégâts causés par les pluies. 

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close