En Afrique, «les gros influenceurs doivent désormais partager le gâteau» avec les plus petits

Sur les réseaux sociaux africains, la course à la visibilité ne se joue plus uniquement sur le nombre d’abonnés. Aujourd’hui, les algorithmes privilégient l’engagement, ce qui profite de plus en plus aux micro-influenceurs. Comment ces créateurs de contenu s’imposent-ils face aux grandes figures du web ? Pourquoi attirent-ils désormais l’attention des marques et des institutions ? Entretien avec Manon Fouriscot, co-dirigeante du cabinet Afriques connectées et spécialiste des réseaux sociaux africains.
Publié le : Modifié le :
3 min Temps de lecture
RFI : Depuis que les algorithmes privilégient les contenus qui génèrent de l’engagement (likes, commentaires ou partages), les micro-influenceurs – ceux qui ont moins de 10 000 ou 15 000 abonnés – gagnent en visibilité et viennent « concurrencer » les macro-influenceurs forts de plus de 150 000 abonnés. Comment expliquer leur succès ?
Manon Fouriscot : Les communautés ont un sentiment de proximité et d’authenticité plus fort avec les petits influenceurs parce qu’il n’y a pas cette suspicion d’un discours potentiellement biaisé par de l’argent. En outre, ces plus petits influenceurs ont par ailleurs une plus grande liberté d’expression parce qu’ils ne sont pas tenus par des contrats avec différentes marques.
Dans une certaine mesure, les gros influenceurs sont en train de partager le gâteau : ils demeurent toujours dans le paysage des internautes, mais de plus petits influenceurs émergent. Si les macro-influenceurs restent de gros créateurs de contenus très suivis, les nanos et les micro-influenceurs vont plutôt être dans une dynamique de partage de ces grosses productions qu’ils vont ensuite discuter, commenter ou débattre. En résumé, les gros influenceurs demeurent incontournables dans le paysage des réseaux sociaux, mais celui-ci est en train de se densifier avec davantage de petits influenceurs accessibles pour les internautes.
D’autant plus que le succès de ces micro-influenceurs est très lié au fonctionnement des algorithmes…
Oui, les petits influenceurs gagnent en popularité principalement parce que leurs contenus vont être poussés par les algorithmes des réseaux sociaux. Ils vont apparaître sur les feeds des internautes, y compris de ceux qui ne les suivent pas. Ils deviennent un peu des pivots de diffusion et des marqueurs un peu plus ancrés dans le paysage des réseaux sociaux.
Comment se garantir une place dans le monde de l’influence ?
Aujourd’hui, cela marche plus par l’activité du compte que par sa communauté. Un contenu peut « percer » et rapporter énormément d’abonnés en une seule fois. Cela peut être très lié à un moment en particulier, ou à un sujet de conversation.
Par comparaison avec les macro-influenceurs, les micro-influenceurs bénéficient peut-être moins d’une dynamique de communauté : leurs sujets de conversation vont parfois davantage émerger de façon aléatoire et ils vont obtenir beaucoup d’abonnés sans qu’il y ait forcément ce côté « Je suis tel nano-influenceur parce que je suis d’accord avec ce qu’il dit »… Un nano-influenceur va davantage être suivi parce que ce qu’il a dit à un instant T était intéressant, sans que cela implique que son contenu intéresse au long cours. Pour se maintenir, il faut donc miser sur la régularité, échanger en permanence, proposer du contenu et s’insérer dans les conversations.
À lire aussiLes influenceurs ont-ils trop de pouvoir ?



