D'Ormuz au Darfour, la guerre au Moyen-Orient complique l'aide humanitaire en Afrique

La guerre au Moyen-Orient complique les opérations humanitaires en Afrique. La perturbation des routes commerciales retarde l’acheminement des médicaments dans les zones de crise, comme au Soudan ou au Mali. Un véritable défi logistique et financier que doit relever l’ONG Alima, basée à Dakar et spécialisée dans la médecine d’urgence dans 13 pays du continent.

De notre correspondante à Dakar,

Point de passage essentiel pour acheminer les médicaments en Afrique, le détroit d’Ormuz relie Dubaï à Port-Soudan, à l’est du continent. Mais ces dernières semaines, les marchandises doivent être détournées par le cap de Bonne-Espérance. Une fois arrivées sur les côtes ouest-africaines, elles transitent par la route.

« Pour les quelques bateaux qui continuent toujours à naviguer, ce contournement a un coût très élevé, explique le docteur Rodrigue Alitanou, directeur des opérations de l’ONG Alima, basée à Dakar. C’est plus de 2 000 euros d’ajout pour chaque conteneur. Donc ça a un impact sur nos retards de livraisons, mais aussi le nombre de bénéficiaires que l’on peut soigner. »

Autre source de pression sur les capacités financières de l’ONG : la hausse du prix du carburant, alimentée par les tensions autour du détroit d’Ormuz. « Aujourd’hui, on est à 40% de hausse du prix du litre d’essence sur nos différents pays d’intervention en moyenne », affirme Rodrigue Alitanou.

« L’accessibilité est déjà un défi »

Résultat, une inflation du coût global des opérations humanitaires, comme au Soudan par exemple. « Aujourd’hui, le coût a presque triplé pour chaque camion qui arrive jusqu’à nous, regrette le docteur Haruna Tarfa, référent médical de l’ONG à Tawila dans le Nord-Darfour, où vivent plus de 630 000 déplacés. Ces prochains jours, nous risquons de manquer de kits maternels et de médicaments généralistes. Cela concerne aussi les enfants malnutris que nous soignons et qui ont besoin d’un traitement. »

Le Soudan fait partie des zones de crise où les difficultés logistiques sont décuplées par le contexte international. « Au Nord-Darfour, l’accessibilité est déjà un défi, poursuit Haruna Tarfa. On a des options très limitées en termes d’acheminement des médicaments. Avec les événements en cours, les impacts seront tels qu’il sera très difficile pour nous de nous adapter. »

Même crainte exprimée au Mali, où l’ONG a déjà dû ralentir ses activités. Avec l’embargo sur les importations de carburant décrété par les jihadistes du Jnim, « ce sont des dizaines de villages qui n’ont plus accès aux soins parce qu’on arrive plus à se mouvoir », explique Rodrigue Alitanou. Si d’ici trois mois, le contexte international n’évolue pas favorablement, l’ONG prévoit un important recul forcé de ses activités.

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