Djibouti: Journée de scrutin sans suspense pour Ismaïl Omar Guelleh
Les électeurs djiboutiens sont appelés aux urnes ce vendredi 10 avril pour élire leur président. Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, brigue un sixième mandat. Face à lui, Mohamed Farah Samatar, qui représente un parti sans député. Les observateurs décrivent une élection sans grand suspense.
Ismaïl Omar Guelleh brigue au travers de ce scrutin un 6e mandat. Le chef de l’État, âgé de 78 ans, se représente après une réforme constitutionnelle adoptée en 2025 qui a supprimé la limite d’âge de 75 ans pour les candidats à la magistrature suprême.
Face à lui, un seul adversaire est officiellement en lice : Mohamed Farah Samatar, ancien membre du camp présidentiel et candidat du Centre démocratique unifié. Son parti est absent de l’Assemblée nationale.
Des institutions verrouillées
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Mohamed Farah Samatar représente une opposition « pour la forme », selon Sonia Le Gouriellec « pour ne pas qu’Ismaïl Omar Guelleh se présente seul ». Des critiques partagées par les partis d’opposition traditionnels, qui dénoncent une parodie d’élection et appellent au boycott.
L’un des opposants historiques les plus connus, Daher Ahmed Farah, n’a pas été autorisé à se présenter. Les principaux partis d’opposition n’ont aucune existence légale et leurs manifestations sont régulièrement interdites. Le scrutin intervient après des années de concentration du pouvoir autour du président sortant. Une autre révision constitutionnelle avait déjà supprimé la limitation des mandats dès 2010, ce qui a permis à Ismaïl Omar Guelleh d’enchaîner les réélections.
Ismaël Omar Guelleh a fait campagne sur le thème de la stabilité dans un contexte de déstabilisation régionale, lié à la guerre au Moyen-Orient. Mohamed Farah Samatar a affiché le mot d’ordre de la rupture en mettant en avant un programme axé sur l’éducation et l’économie.
Djibouti, une économie de rente très dépendante de l’Éthiopie et de la Chine
Djibouti est situé en face de l’une des routes commerciales maritimes les plus empruntées au monde. Les autorités ont fait de cet emplacement stratégique le fondement de l’économie du pays, qui repose presque entièrement sur ses activités portuaires. À lui seul, le port de Doraleh, principal port du pays, représente 70% du PIB et permet au pays d’atteindre une croissance stable de 6%, pointe Clothilde Hazard, journaliste du service Afrique.
Activité principale et presque exclusive : le transit du géant démographique voisin, l’Éthiopie et ses 130 millions d’habitants. Djibouti est son seul accès à la mer et assure 92% de ses exportations et importations. Une interdépendance existentielle pour les deux pays qui ne fait cependant pas peur à la majorité présidentielle d’Ismaïl Omar Guelleh.
Selon son porte-parole, Daoud Houmed, aucun port de la région ne peut concurrencer les performances et la localisation du port djiboutien, idéale pour l’Éthiopie. Ni le port de Berbera au Somaliland, trop loin, ni le port d’Assab en Érythrée, pas aussi moderne. Les pouvoirs publics ont fait des investissements très importants pour être à niveau, quitte à s’endetter massivement.
Le FMI a classé le pays dans la catégorie des pays surendettés depuis 2022. Principal créancier : la Chine, qui détient plus de la moitié de la dette publique. Le géant asiatique y a établi sa seule base militaire sur le continent africain et a fait du port une étape essentielle sur ses nouvelles routes de la soie.



