Dissolution du staff, cas Aubameyang: le Gabon en crise après son échec à la CAN 2025

Le Gabon s’est pris un mur dans cette CAN au Maroc. Trois défaites en trois matches et une triste sortie de route qui a provoqué des remous jusqu’au gouvernement, qui a décidé ce jeudi 1er janvier de dissoudre le staff et mettre à l’écart des joueurs. Le point final d’un parcours chaotique, semé d’erreurs, qui a mené les Panthères à l’échec.
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De notre envoyé spécial à Marrakech,
Après trois défaites en trois matches dans cette CAN au Maroc, les Gabonais se sont réveillés ce jeudi avec une gueule de bois qui n’a rien à voir avec les festivités du Nouvel An.
Et les Panthères ont pris un nouveau coup de massue : le ministre des Sports par intérim, Dr Simplice Désiré Mamboula, a annoncé en direct à la télévision la « dissolution du staff technique, la suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre, [et] la mise à l’écart des joueurs Bruno Ecuele Manga et Pierre-Emerick Aubameyang. »
Cette ingérence politique fait écho à des prises de parole du président gabonais. Après un Conseil des ministres tenu le 29 décembre, largement consacré à l’échec de la sélection, Brice Oligui Nguema avait assuré que l’échec des Panthères mettait en évidence « l’absence de méthode et la dispersion des ressources » dans le football national. En plus d’une « une érosion préoccupante de la fibre patriotique dans la gestion de la chose sportive. »
L’explication par le manque de patriotisme, totem souvent invoqué après un échec, est un peu trop facile. Les Panthères sont surtout arrivées à la CAN amoindries. Thierry Mouyouma, le sélectionneur, était parvenu à rameuter sous ses ordres l’ensemble des cadres depuis sa prise de poste. Chose assez rare ces dernières années, entre les tensions sélectionneur-joueur, les sanctions disciplinaires, et autres joyeusetés. Mais Mouyouma a eu la mauvaise surprise de voir nombre d’entre eux arriver en méforme au Maroc.
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Le cas Aubameyang, symptôme d’un problème plus large ?
Pierre-Emerick Aubameyang s’est blessé en club juste avant de rejoindre la sélection, Denis Bouanga manquait de rythme car la MLS est à l’arrêt, Mario Lemina était diminué, Jim Allevinah blessé… sans possibilité de lancer des protocoles de réathlétisation – les joueurs étant arrivés en sélection seulement le 15 décembre, soit une grosse semaine avant le premier match.
Une excuse qui ne doit pas masquer certains mauvais choix, comme la gestion du cas Aubameyang. Entré en jeu dès la 33e minute dans le premier match contre le Cameroun, le staff l’a envoyé sur la pelouse dans la panique pour tenter de recoller au score, avec des consignes tactiques peu claires. Ce qui avait provoqué de l’agacement chez le joueur et la surprise du staff médical.

Et son renvoi à l’OM une fois que le Gabon était officiellement éliminé, alors qu’il restait un match à jouer contre la Côte d’Ivoire championne en titre, a envoyé un message terrible au reste du groupe. « On ne comprend pas pourquoi l’équipe nationale devrait hypothéquer sa fin de saison avec son club », s’est justifié Thierry Mouyouma en conférence de presse.
Quelques jours plus tôt, il avait pourtant utilisé un ton bien différent pour exprimer sa colère contre l’OM. « Je m’insurge de l’attitude de Marseille. Ils payent le joueur, dans les périodes où ils l’utilisent, ils font ce qu’ils veulent. […] Nous ne recevons des diktats de personne pour utiliser des joueurs qui sont nés dans le pays », avait fulminé Mouyouma, lorsque l’OM avait partagé son amère surprise de voir son joueur blessé entrer dans la précipitation.
Un staff peu expérimenté
Des erreurs de gestion en raison d’un staff trop jeune et inexpérimenté ? La plupart des membres qui le composaient à cette CAN disputaient leur première compétition continentale dans ce rôle. Et si à l’intérieur du groupe, l’ambiance était plutôt bonne, et l’atmosphère de travail sereine, elle a été polluée par une grosse pression mise par les médias locaux. À Marrakech, des journalistes gabonais avouent ne pas comprendre pourquoi la presse du pays s’est déchaînée sur Mouyouma, réclamant parfois sa démission dès le lendemain de la première défaite contre le Cameroun.
La volonté gouvernementale de composer un staff presque uniquement de Gabonais, souvent des anciens internationaux, s’est heurtée à la réalité du manque d’expérience. Il aurait peut-être fallu avancer plus progressivement. En interne, on reconnaît que certaines choses auraient pu être faites autrement, « de manière plus pointilleuse ». Comme la gestion de l’équipementier par exemple ? Pour rappel, les Panthères ont noué en urgence un partenariat avec AB Sports fin novembre pour avoir des maillots pour la CAN.
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Construire plutôt que détruire
De nombreux cadres arrivent ou vont arriver en bout de course avec la sélection. Aubameyang a 36 ans, Lemina 32. Bouanga avoue lui-même ne pas savoir s’il participera de nouveau à une CAN avec cette équipe. Plutôt que de dissoudre ce staff qui a désormais une expérience, il est peut-être temps au Gabon de se pencher sur des problématiques plus globales. Comme celle du Championnat national. Les sélections qui performent aujourd’hui sur la scène continentale sont souvent celles qui bénéficient d’un championnat dominant, ou au moins solide. De l’Afrique du Sud au Maroc, en passant par l’Égypte. Au Gabon, rien de tout ça, le championnat local est à l’arrêt.
Mouyouma lui-même a avoué que ses hommes avaient peut-être surperformé lors des éliminatoires de la Coupe du monde. Des résultats qui seraient devenus « l’arbre qui cache la forêt », selon lui. Le gouvernement gabonais, lui, semble décidé à déboiser. Pour le retour d’une politique court termiste et la signature d’un nouveau sélectionneur européen pour reprendre l’équipe ? Le Gabon avait commencé à construire avec les ressources du pays. Peut-être vaut-il mieux persévérer.



