Décès de l'historien algérien Mohammed Harbi: «C'était un partisan du dialogue, de la paix»

Réputé pour ses prises de position critiques face au pouvoir post-indépendance en Algérie, l’historien algérien Mohammed Harbi est décédé à Paris, jeudi 1ᵉʳ janvier, à l’âge de 92 ans, a annoncé ce vendredi 2 janvier l’agence officielle algérienne APS, informée par ses proches. Son confrère Nedjid Sidi Moussa salue « une personne très généreuse, très curieuse » qui « était très attentive à la question des libertés » et « qui croyait non seulement à l’indépendance, mais à l’unité ».
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L’historien algérien Mohammed Harbi est décédé dans la soirée du jeudi 1ᵉʳ janvier à Paris des suites d’une infection pulmonaire à l’âge de 92 ans. Né en 1933 à Skikda, il milite très jeune contre la colonisation française puis travaille avec le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella. En 1965, après le coup d’État de Boumediene, il est emprisonné, quitte clandestinement l’Algérie et se réfugie en France. Il se consacre alors à l’enseignement universitaire et à la recherche sur l’histoire contemporaine de l’Algérie.
Connu pour ses ouvrages critiques sur le parti unique, il a été l’un des premiers historiens algériens à remettre en question les récits officiels de la guerre de libération (1954-1962) et la construction politique postindépendance.
« Il était très attentif à la question des libertés démocratiques et du pluralisme culturel »
L’historien Nedjid Sidi Moussa, qui l’a bien connu, explique au micro de Sabine Mellet : « C’était un partisan du dialogue, de la paix. Il a évidemment été marqué par son engagement : la révolution algérienne et son emprisonnement l’ont fait beaucoup réfléchir sur ce qu’il a vécu, sur ce qu’il a traversé. On retrouve d’ailleurs cela à la fois dans ses textes scientifiques, historiques, mais aussi dans ses prises de position, dans ses déclarations, qui étaient assez récurrentes durant les années 1970 et 1980. »
Il poursuit : « Il était très attentif à la question des libertés démocratiques, très attentif à la question de l’égalité entre les hommes et les femmes, très attentif aussi à la question des minorités, à la question du pluralisme culturel. C’est quelque chose qui lui était cher et c’est quelqu’un qui croyait non seulement à l’indépendance, mais à l’unité, ou en tout cas à des rapports fraternels entre Maghrébins et entre Africains. »
Nedjid Sidi Moussa décrit également une personne qui l’a beaucoup aidé durant ses recherches pour sa thèse : « C’était à la fois une personne très généreuse, curieuse de ce qu’il se passait, des débats, de la production intellectuelle et artistique, mais aussi un bon vivant. C’est quelqu’un avec qui on pouvait discuter de tout avec une très grande liberté de ton, et quelqu’un avec qui on pouvait rire. C’est l’image que j’aimerais garder de lui. »
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Parmi les ouvrages les plus importants de Mohammed Harbi figure, notamment, Le FLN: mirage et réalité, qui suscite une vive polémique à sa sortie en 1980 parce qu’il y critique la prise du pouvoir d’un parti unique en Algérie.
Dans un message de condoléances publié vendredi 1ᵉʳ janvier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a qualifié Mohammed Harbi d’« historien lettré dont la disparition fait perdre à l’Algérie un homme d’exception, engagé très tôt dans le combat politique contre la colonisation ».



