Dans le centre-nord de la Côte d’Ivoire, une illustration des défis de l'activité pastorale

En 2026, les Nations unies, à travers la FAO, mettront à l’honneur le rôle vital des éleveurs pastoraux et des parcours de transhumance dans la production alimentaire durable et la lutte contre le changement climatique. Mais bien avant cette reconnaissance internationale, ces éleveurs affrontent déjà, au quotidien, de nombreuses difficultés. Illustration à Tafiré, dans le centre-nord de la Côte d’Ivoire, à plus de 500 kilomètres d’Abidjan, où l’élevage de bœufs reste une activité essentielle, mais de plus en plus fragile.

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Avec notre envoyé spécial à Tafiré, Abdoul Aziz Diallo

À la périphérie de Tafiré, dès les premières heures du jour, Brahima conduit son troupeau à la recherche de pâturages et de points d’eau. Un parcours devenu de plus en plus incertain au fil des années. « Avant il y avait la savane, les bœufs pouvaient partir n’importe où pour avoir à manger, assure-t-il. Mais, maintenant, ce n’est pas le cas. Tout est devenu des champs ». Il poursuit : « Le problème aussi, c’est qu’on n’a pas suffisamment de barrages. Les bons médicaments aussi pour traiter les bœufs, souvent, on n’en a pas. Il faut les commander jusqu’à Abidjan. »

À ces difficultés s’ajoutent parfois des tensions avec les agriculteurs, lorsque les animaux endommagent les cultures.

À Tafiré, toutefois, un mécanisme local de règlement des conflits a été mis en place, explique Mory, éleveur installé dans la zone depuis plusieurs décennies. « Quand un animal entre dans un champ, le cultivateur vient nous voir, explique-t-il. On discute d’une compensation. Si on s’entend, on paie. Sinon, les délégués du sous-préfet viennent constater les dégâts et font la médiation. Aujourd’hui, le dialogue est installé entre nous et les cultivateurs ».

La Côte d’Ivoire s’est dotée d’une politique nationale

Avant d’approvisionner les marchés des grandes villes du pays, une grande partie du bétail de Tafiré transite par le Galbal, le marché local. Chaque jour, au moins trois camions quittent le site. Adama Tall, le responsable, appelle à un meilleur accompagnement : « L’État doit nous aider à faire l’embouche bovine [une technique consistant à nourrir du bétail, avec des herbes ou des plantes permettant un engraissement rapide, NDLR], payer des bœufs et puis les engraisser et les revendre sur le marché. Et puis, nous faciliter des couloirs de transhumance. »

La Côte d’Ivoire s’est dotée d’une politique nationale de développement de l’élevage et d’un programme de soutien à la production bovine, avec pour objectif de renforcer l’autonomisation alimentaire.

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Pastoralisme en Afrique: «À l’urbanisation qui est en train de se développer s’ajoute l’avancée du front agricole»

La pratique de cette activité basée sur la mobilité pastorale pour permettre au bétail d’accéder aux ressources devient de plus en plus problématique en raison du rétrécissement de l’espace pastoral. Le changement climatique, la rareté des ressources en eau et en pâturages occasionnent parfois des conflits. De multiples enjeux, territoriaux, économique et sécuritaire constituent une menace pour cette activité culturelle et séculaire pour certaines communautés dans le monde, notamment en Afrique, selon Atoumane Mamadou Kane, Coordinateur des programmes zone sylvopastorale de l’AVSF au Sénégal et expert du pastoralisme. « À l’urbanisation, qui est en train de se développer – avec aussi l’installation de certaines infrastructures qui perturbent les couloirs de déplacements – il y a l’avancée du front agricole, souligne-t-il au micro de Kpénahi Traoré. Si nous prenons le cas du Sénégal au niveau de la Falémé [un affluent du fleuve Sénégal, NDLR], c’était un parcours traditionnel qui permettait, à certaines périodes de l’année, à une partie du cheptel de venir au niveau de cette zone-là pour bénéficier des ressources et pouvoir entretenir plus correctement les animaux. Mais avec le développement d’activités telles que l’orpaillage, c’est devenu pratiquement des zones inexploitables. L’orpaillage est en train de complètement renverser les circuits de passage du cheptel qui se faisait dans cette zone-là et qui intéressait aussi bien les animaux du Sénégal que ceux du Mali et même une partie de la Mauritanie. Sans compter maintenant le fait que certains territoires pastoraux sont devenus inexploitables, liés justement à l’insécurité qui y règne. Certaines zones du Mali sont complètement interdites. Ça amène à changer complètement les parcours et des conflits potentiels y sont attendus ».

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