Côte d’Ivoire: une exposition de tableaux pour questionner la place des influenceurs dans la société

En Côte d’Ivoire, il est une figure montante de l’art visuel : le peintre Pascal Konan expose depuis ce 2 avril sa nouvelle série de tableaux « Babi, cité des dieux » à la galerie Houkami Guyzagn d’Abidjan. Le plasticien veut susciter le débat sur la place des influenceurs dans la société ivoirienne.

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Avec notre correspondant à Abidjan, Benoît Almeras

Ils seraient les nouveaux dieux d’Abidjan : eux, ce sont les influenceurs comme le pasteur Camille Makosso, la championne du bien-être Maa Bio. Des personnalités très suivies sur TikTok.

Le statut de ces nouvelles icônes abidjanaises interroge Pascal Konan : « Pour moi, en parlant des dieux – avec un petit « d » – c’est de parler de leur capacité à influencer. À Abidjan, il y a le culte de la personnalité. Donc, moi, je questionne notre rapport à l’image, l’héritage et la société qu’on veut bâtir. Je questionne la volonté de paraître et d’être effectivement. »

« Marmailleurs »

Un questionnement en 25 toiles carrées, comme les images sur Instagram. Pascal Konan y décline sa signature artistique : la représentation de l’anatomie humaine. Sur l’un des tableaux phares de la série, Athéna, des corps colorés enchevêtrés finissent par totalement submerger un visage de femme. « C’est une métaphore, explique Pascal Konan. Dans notre jargon ivoirien, on dit que « c’est un marmailleur« , quelqu’un qui a l’art de la stratégie, une personne qui a l’art d’utiliser les autres, afin de paraître et qui finit par ne plus exister en fait. Donc, à force d’utiliser des personnes, d’exploiter des personnes, on finit par en être esclave aussi ».

L’exposition « Babi, cité des dieux » est à voir à la galerie Houkami Guyzagn jusqu’au 25 avril prochain.

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«Les Ivoiriens ont trouvé refuge auprès des influenceurs parce qu’il y a aussi le discrédit des médias conventionnels»

Le rôle social des influenceurs suscite un débat en Côte d’Ivoire. Le professeur de communication, Jean-Claude Oulaï, de l’université de Bouaké, reconnaît leur poids médiatique et leur importance relative pour la jeunesse ivoirienne. Mais pour cet universitaire, la plupart des influenceurs ne mettent pas leur image au service d’une amélioration des conditions de vie des Ivoiriens : « Je pense que les Ivoiriens [ont] trouvé refuge au niveau de ces personnes-là aujourd’hui, parce qu’il y a aussi le discrédit des médias conventionnels aujourd’hui par rapport à leur approche plus ou moins partiale ou partisane. Donc, du coup, les gens préfèrent s’en remettre à ces influenceurs-là. […] Globalement, ils ont une bonne image. Pour le commun des Ivoiriens, le commun des suiveurs, ce sont des personnes ressources importantes à leurs yeux. » Il poursuit : « Derrière, il y a aussi le mirage de la réussite qu’ils vont faire voir et qui influence aussi certaines parties de la jeunesse. […] Leur position est assez floue de mon point de vue. Ils ne sont pas dans le rôle éthique qui était celui d’apporter le changement social ou sociétal souhaité. Ils surfent sur des questions qui ne sont pas essentielles. Ils font du buzz de tout bois comme s’ils avaient pour mission de détourner cette jeunesse-là de l’essentiel. »

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