Côte d'Ivoire: quand la finance de proximité remplace les banques à Tafiré

À Tafiré, dans le centre-nord de la Côte d’Ivoire, l’accès au crédit ne passe pas par les grandes banques. Depuis plus de dix ans, une mutuelle locale accompagne femmes et jeunes avec des prêts adaptés à leurs réalités. Au marché, ces financements ont permis à plusieurs commerçantes de développer leurs activités et de sécuriser leurs revenus. Immersion au cœur d’une finance de proximité qui change des vies.
De notre correspondant de retour de Tafiré,
Ce matin-là, au marché de Tafiré, entre les étals de vivriers, Clémence, agente de recouvrement de la mutuelle Terfiré, s’arrête devant la boutique d’Awa, vendeuse de vêtements pour enfants et adultes. Chaque début de semaine, Clémence passe vérifier l’évolution de son activité :
« On vient voir la marchandise, vérifier que le client n’a pas détourné l’objet du crédit. Par exemple, elle vend des habits, c’est ce qu’elle nous a déclaré. Elle pourrait prendre l’argent pour autre chose. Là, ça avance bien. La table est bien remplie. Chaque mois, elle doit payer un montant. Après le marché de dimanche, elle verse chaque mardi 100 000 ou 150 000 francs, selon les ventes. »
Commerçante depuis une dizaine d’années, Awa peinait jusque-là à développer son activité en Côte d’Ivoire. Grâce à un premier crédit obtenu auprès de la mutuelle, elle a pu agrandir son étal et diversifier ses produits : « Un jour, je suis allée à Abidjan prendre un peu de marchandises. Après, je suis venue voir la dame et je lui ai dit que j’avais besoin d’un prêt pour faire évoluer mon commerce. Elle m’a dit qu’il n’y avait pas de problème. Sur ce que j’ai demandé, on m’a donné la moitié, 500 000 francs. »
Des crédits sur mesure
Un prêt qu’Awa parvient à rembourser en neuf mois, bien avant l’échéance. La confiance s’installe. Elle sollicite alors un second crédit, cette fois de deux millions de francs CFA. De quoi ouvrir une boutique et subvenir aux besoins de sa famille : « Ça m’a apporté beaucoup de choses. Vous allez me faire couler des larmes. J’ai mon petit enfant qui était malade. Il avait une tumeur. J’ai mis plus de six millions pour ses soins. J’aide mes petits-enfants, je paie leur école, la nourriture, etc. »
Depuis 2013, la mutuelle d’épargne et de crédit Terfiré, créée par des cadres de la région, accompagne femmes et jeunes. Pour accéder aux prêts, il faut être membre, ouvrir un compte et attendre trois mois avant le passage devant un comité de crédit. Les financements peuvent atteindre jusqu’à cinq millions de francs CFA. Une finance pensée pour les réalités rurales et ouverte surtout au monde agricole, explique son gérant, Sory Diakité :
« Généralement, ceux qui prennent le prêt agricole, les échéanciers sont semestriels. Contrairement à quelqu’un qui, dans le commerce, dans l’artisanat, peut épargner par jour 500 ou 1 000 fra,cs, lui, on peut lui faire un échéancier mensuel, bimensuel. C’est en fonction du projet que nous adaptons l’échéancier aux demandeurs. »
Aujourd’hui, selon ce responsable, la mutuelle d’épargne et de crédit Terfiré compte plus de 3 000 membres. En moyenne, plus de 500 personnes bénéficient chaque année de ses crédits.
À lire aussiCôte d’Ivoire: ces jeunes qui choisissent de rester au village pour entreprendre



