Côte d’Ivoire: «La situation actuelle ne laisse pas beaucoup de choix sur les prix au Conseil café-cacao»

Le Salon international de l’Agriculture a ouvert ses portes le week-end dernier, 21 et 22 février, à Paris. Pour cette 62e édition, c’est la Côte d’Ivoire qui est l’invitée d’honneur. Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le pays des éléphants est l’une des puissances agricoles d’Afrique de l’Ouest. Notamment en pourvoyant pour 40% de la production mondiale de cacao. Mais, depuis l’an dernier, les cours de l’or brun sont en chute libre. Conséquence : des milliers de tonnes d’invendus restent sur les bras des planteurs. La Côte d’Ivoire va-t-elle être obligée de vendre son cacao moins cher ? Pour en parler, le nouveau ministre ivoirien de l’Agriculture est ce matin notre Grand Invité Afrique. Bruno Nabagné Koné répond aux questions de Sidy Yansané.
RFI : La Côte d’Ivoire est l’invitée d’honneur du Salon de l’agriculture de Paris cette année. Quels sont les principaux atouts de la production ivoirienne que vous comptez mettre en avant durant cet événement international ?
Bruno Nabagné Koné : Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le premier producteur africain d’hévéa et dans le top 5 des pays africains producteurs de palmiers à huile, de coton, de karité, etc. Nous participons au Salon de l’agriculture depuis une trentaine d’années. Et cette année, nous avons eu le privilège d’avoir été désignés invités d’honneur. Nous sommes heureux de le représenter avec ce titre.
Il y a une filière où vous n’êtes pas encore leader, mais qui a connu un véritable bond, c’est la filière avicole, la production de viande de volailles, qui a plus que quadruplé en une décennie. Une taxe sur les intrants de 9% vient d’être instaurée par les autorités ivoiriennes. Ne craignez-vous pas un ralentissement de cette filière en plein boom ?
Il n’est pas anormal que la Côte d’Ivoire élargisse son assiette fiscale. Il faut savoir qu’aujourd’hui, nous sommes l’un des pays qui a le plus faible taux de fiscalisation dans la sous-région. Là où les instances de l’UEMOA recommandent entre 18 et 20 %, la Côte d’Ivoire est à 12-13 %. Il y a quelques années, nous étions encore très fortement importateurs de poulets et de volailles. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est totalement autosuffisante.
Revenons sur la crise du cacao que traversent actuellement les planteurs ivoiriens. Les cours des prix à l’international ont drastiquement chuté, de nombreux producteurs peinent à trouver preneur. L’État ivoirien s’est engagé à racheter les stocks des invendus. Tout d’abord, où en est-on de l’acquisition par l’État ivoirien de ces stocks invendus ?
Les enlèvements de fèves se font. 64 000 tonnes ont déjà effectivement été levées, il y a une quarantaine de milliers de tonnes en cours d’enlèvement, en collaboration d’ailleurs avec les organisations du secteur.
Une initiative qui va soulager les planteurs. Mais du coup, comment l’État compte revendre ces stocks ?
Ce sera le problème de l’État. Nous essayons de traiter cette équation avec deux grosses inconnues : équilibrer les finances du Conseil Café Cacao en faisant en sorte que les revenus des producteurs ne soient pas trop obérés.
Selon votre prédécesseur, cette acquisition s’élèvera à 430 millions d’euros quand même…
Peu importe la somme, le soutien de l’État a été assuré aux planteurs. Et il faut savoir que nous sommes dans un système de stabilisation. Une partie des ressources a été acquise au cours des bonnes années et reste toujours disponible dans les réserves du Conseil Café Cacao. Cela servira partiellement à traiter la question.
M. le ministre, la semaine dernière, l’agence de presse Reuters annonçait que « la Côte d’Ivoire envisage de suivre l’exemple du Ghana en baissant le prix de son cacao ». Vous confirmez ?
Des annonces seront faites par la Côte d’Ivoire dans les prochains jours. Mais je pense que tout esprit rationnel comprend que, dans la situation actuelle, le Conseil Café Cacao n’a pas beaucoup de choix devant lui.
Des informations, des détails concernant cette baisse éventuelle ? Un pourcentage ? À quel moment arriverait-elle ?
Une annonce sera faite dans les prochains jours par le Conseil Café Cacao.
Pour la petite campagne ou pour la campagne principale de l’année prochaine ?
La campagne de l’année prochaine va s’ouvrir le moment venu. Là, il s’agit de prendre une décision sur deux choses : le stock résiduel éventuellement de la campagne principale passée et le stock de la campagne intermédiaire.
Le prix à 2 800 francs CFA le kilo de cacao est effectivement un prix record fixé par l’État ivoirien. À cela, on peut ajouter aussi le différentiel de revenu décent, qui est une sorte de prime minimale de 400 dollars sur la tonne de fèves attribuée aux planteurs. Le cacao ivoirien n’est-il pas trop cher finalement ?
On ne peut pas parier sur l’avenir de ce secteur en sacrifiant ceux qui en sont à la base. Allez voir les planteurs ivoiriens, voyez dans quelles conditions ils vivent…
Très précaires…
Voilà ! Et vous allez comprendre qu’il y a quand même besoin de les soutenir d’une certaine façon. Et c’est pour ça que ce DRD a été décidé conjointement par le Ghana et la Côte d’Ivoire pour assurer ce minimum de revenu à nos paysans. Non, ça ne rend pas le cacao plus cher, tout simplement parce que le cacao ne représente que 6% du produit final que vous consommez ici en France, par exemple. Si ce produit final est dit cher, ce n’est certainement pas à cause de la matière première qui est le cacao.
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