Congo-Kinshasa: Les mines antipersonnel, un danger meurtrier
Dans l’est du pays, les mines antipersonnel continuent de mutiler des civils. Entre traumatismes, besoins de réadaptation et urgences de déminage, la protection des populations reste un défi majeur.
Dans l’est de la RDC, les conflits armés et les engins explosifs ont laissé des milliers de personnes avec un handicap durable, accentuant leur vulnérabilité sociale et économique. Entre 2023 et 2025, plus de 2.300 personnes ont bénéficié de services de réadaptation physique soutenus par le CICR, et 714 ont reçu un appui à l’inclusion sociale et économique. A l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation au problème des mines et de l’assistance à la lutte antimines ce 4 avril, nous vous proposons un entretien avec Marwan Nadim, délégué de l’Unité « Contamination par les Armes » du CICR à Goma en RDC.
Quel est aujourd’hui l’impact des mines antipersonnel en République démocratique du Congo ?
C’est un héritage des conflits précédents, mais un héritage qui perdure et continue d’impacter les communautés, notamment à l’est du pays. L’impact des mines antipersonnel est multiple, surtout sur le plan physique, avec de nombreuses personnes blessées lors d’accidents.
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Ces accidents provoquent très souvent des amputations des membres inférieurs et entraînent des séquelles à vie, au-delà des seules conséquences physiques. Il existe également des séquelles psychologiques, liées à l’incident lui-même et à son impact sur la vie quotidienne des victimes. Cet impact psychologique touche aussi la famille et la communauté, en raison de la peur permanente liée à la présence des mines antipersonnel.
Malgré le traumatisme et le handicap, certaines victimes parviennent à se reconstruire. Quel rôle jouent la réadaptation physique, l’inclusion sociale et le soutien communautaire dans ce parcours de résilience ?
La réadaptation physique est essentielle pour la reconstruction et la résilience des personnes blessées par la guerre, notamment par les mines et autres restes explosifs. Le programme de réadaptation physique du CICR y contribue activement, en partenariat avec des acteurs locaux comme le Centre Shirika la Umoja à Goma.
Ce programme propose des soins spécialisés, y compris l’accès à des prothèses, orthèses, fauteuils roulants et autres aides à la mobilité. L’objectif est de permettre aux personnes de retrouver mobilité, autonomie et dignité, pour reprendre une vie active et surmonter les traumatismes liés à l’accident.
En parallèle, le programme met l’accent sur l’inclusion sociale et économique, grâce à des formations et des initiatives génératrices de revenus, permettant aux personnes en situation de handicap de se réintégrer dans leur communauté et de contribuer au développement économique local. Ces efforts sont essentiels pour briser le cycle de marginalisation souvent associé au handicap.
Face aux accidents impliquant des civils, notamment femmes et enfants, quelles sont aujourd’hui les priorités en matière de prévention, de déminage et de respect du droit international humanitaire ?
Il est crucial de sensibiliser massivement les populations vivant dans les zones contaminées. Elles doivent savoir reconnaître les dangers et adopter les comportements nécessaires pour se protéger, ainsi que protéger leurs proches et leur communauté.
En RDC, des organisations internationales et nationales disposent d’une expertise reconnue pour l’action humanitaire contre les mines. Elles peuvent mener des activités d’éducation aux risques, de marquage et d’enquêtes pour identifier les zones contaminées, ainsi que, dans certains cas, des opérations de dépollution pour protéger les populations civiles. Il est indispensable que ces organisations aient accès aux zones dangereuses et puissent pleinement mettre en oeuvre leur expertise.
Enfin, il est fondamental de rappeler aux parties en conflit l’importance du respect du droit international humanitaire et des conventions internationales. Elles ont la responsabilité, dans les territoires qu’elles contrôlent, de réduire et de prévenir les risques liés aux engins explosifs afin de protéger les populations locales.
En cette Journée internationale de lutte contre les mines antipersonnel, quel message souhaitez-vous adresser aux autorités congolaises, aux porteurs d’armes et à la communauté internationale ?
Il est essentiel de respecter le droit international humanitaire et les engagements internationaux. La protection des civils doit rester une priorité absolue, notamment par la prévention des risques liés aux engins explosifs, l’accès humanitaire et le soutien aux mécanismes de déminage et de prise en charge des victimes.



