Centrafrique: avec sa nouvelle BD, Florent Kassai dessine le quotidien difficile d’enfants à Bangui

Après les ferments des milices antibalakas, après la fuite des musulmans durant la guerre civile, le dessinateur et scénariste centrafricain Florent Kassai publie une nouvelle bande dessinée en ce mois de janvier 2026. Le premier tome de Bienvenue au PK12 suit les aventures d’un groupe d’enfants des rues dans ce quartier populaire du nord de Bangui, centre commercial très animé. Une manière de dénoncer l’injustice que subissent ces enfants dans un environnement familial et social difficile, voire violent. Rencontre.

Publié le :



2 min Temps de lecture

Avec notre envoyé spécial de retour de Bangui, François Mazet

Sur la table de travail de sa petite terrasse du quartier Gobongo, dans la capitale de la Centrafrique, Florent Kassai noircit les traits des croquis du futur deuxième volume de Bienvenue au PK12 qu’il espère publier dans l’année.

Le premier opus vient tout juste de paraître : on y suit les aventures de Mimi, adolescente chassée de chez elle par une marâtre qui l’accuse de sorcellerie en connivence avec un pasteur, et d’un trio de garçons contraints à la débrouille.

« L’histoire commence par la découverte du corps d’un jeune, souligne Florent Kassai. C’est l’histoire de 3-4 enfants des rues qui, finalement, se confrontent à une situation assez difficile, c’est-à-dire les dangers de la rue avec l’existence d’un gang. Et pour cela, ils doivent donc se battre tout le temps, pour non-seulement subvenir à leurs besoins mais aussi à faire face à ce gang-là. Mais, en même temps, il y a une solidarité entre eux. Et c’est ce qui est assez important : ces enfants bravent le danger tout en espérant que l’avenir sera meilleur ».

Une planche du tome 2 de «Bienvenue au PK12», à Bangui.
Une planche du tome 2 de «Bienvenue au PK12», à Bangui. © François Mazet/RFI

« Interpeller les décisionnaires sur le sort de ces enfants »

Florent Kassai a choisi de placer l’action au PK12, quartier commercial animé du nord de Bangui. Il a déjà travaillé avec des enfants de rue, connait leurs défis quotidiens, et s’émeut de l’abandon dont ils font l’objet. « Ils sont exposés à tout, sans la moindre protection de qui que ce soit, déplore-t-il. C’est aussi une critique sociale, pas seulement de la famille mais de la société tout entière. Ça met en lumière les failles d’une société qui n’a pas su assumer sa stabilité vis-à-vis de la jeunesse. Il y a besoin d’interpeller le monde d’entier, un besoin d’interpeller les décisionnaires sur le sort de ces enfants ».

Une alerte pour ceux qu’on appelle les « godobés », largement ignorés par la société centrafricaine.

Bienvenue au PK12 est édité chez Grenier, une maison d’édition burkinabè spécialisée dans la BD africaine. Le tome 2 est attendu cette année.

«Offrir ce canal de la BD pour raconter des histoires authentiques, de chez nous»

Pour éditer ces nouvelles œuvres, Florent Kassai s’est tourné vers un éditeur burkinabè. Fondées en 2021 à Ouagadougou, les éditions Grenier tentent de développer la culture de la BD sur le continent et d’accompagner des auteurs et des récits locaux, en publiant des ouvrages de qualité mais aussi en format numérique pour toucher un public jeune plus large.

Auteur de BD, Bourahima Zongo, connu comme sous son nom de plume IB Zongo, a souvent constaté la méconnaissance de la bande dessinée dans le monde de l’édition en Afrique. C’est pour ça qu’il a lancé les éditions Grenier : « Toutes les maisons d’édition que je rencontrais, que ce soit en Côte d’Ivoire ou au Burkina où je vivais, personne n’était vraiment spécialisé dans la bande dessinée qui pouvait nous accompagner. C’était vraiment complexe. J’ai même eu des réactions de maisons : « Mais écrit plutôt un roman ou écrit plutôt une pièce de théâtre ! Ça fait beaucoup plus sérieux ! » Donc, moi, l’idée que j’ai eue après, c’est vraiment d’offrir ce canal de bande dessinée pour raconter vraiment des histoires authentiques de chez nous qui ont déjà été racontées sous différentes formes, mais qui n’avaient pas vraiment toujours atteint le public cible. »

Il poursuit : « Ça, c’est vraiment ma perspective, parce qu’il y a des histoires que j’ai découvert plus tard où je me suis dit : « Mince, si elles étaient produites en bande dessinée ou en dessin animé, je les aurais sûrement mieux comprises ou mieux cernées. » Donc, c’est un peu ça l’idée de la maison d’édition, c’est vraiment d’essayer de voir comment est-ce que ce genre littéraire peut contribuer un peu à promouvoir des récits de chez nous, nos réalités. On atteindrait un public cible assez conséquent et surtout très jeune. »

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top
Close