CAN 2025: Walid Regragui, un passionné pour réaliser le rêve du Maroc

Trois ans et demi après son arrivée à la tête des Lions de l’Atlas, Walid Regragui a réussi une partie de son défi : ramener le Maroc en finale de la CAN. Il lui reste désormais à décrocher le sacre à domicile, ce dimanche 18 janvier, face au Sénégal. Un titre qui couronnerait l’œuvre du technicien, mordu de ballon entièrement dédié à cette quête.
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De notre envoyé spécial à Rabat,
« Notre but est de soulever ce trophée » : le 20 décembre dernier, à la veille du coup d’envoi de la CAN 2025, Walid Regragui a, une nouvelle fois, rappelé l’objectif, l’obsession même du Maroc. Le pays hôte de la compétition était alors au pied de son Everest, avec un premier match à jouer face aux Comores.
Depuis, les Lions de l’Atlas ont gagné, gagné et gagné. Avec des critiques à certains moments et quelques rencontres parfois compliquées. Mais l’essentiel est là : le Maroc est en finale, 22 ans après celle perdue en Tunisie, et 50 ans après son unique sacre. Un premier accomplissement qui porte la griffe du coach des Lions de l’Atlas.
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L’amour du foot
Walid Regragui, ce sont ceux qui l’ont connu qui en parlent le mieux. Abdeslam Ouaddou, qui fut son coéquipier sous le maillot de la sélection, le dépeint comme « un vrai passionné ». Nasser Larguet, l’ancien directeur technique national (DTN), approuve vivement. Lui a connu Regragui « à la fin de sa carrière de joueur, quand il est arrivé au Fath Union Sports (FUS) ». C’est au sein de ce club de Rabat que l’homme aux 45 capes internationales a fait ses premiers pas dans le coaching.
Le lien entre l’ex-défenseur et le football ne s’est jamais rompu. En 2009, à l’issue de son contrat à Grenoble, Walid Regragui a mis un terme à sa carrière professionnelle en jouant au niveau amateur jusqu’en 2012. Un crépuscule sous les couleurs de l’US Fleury-Merogis, club français de l’Essonne, département où il naquit en 1975, à Corbeil-Essonnes. Et à peine les crampons raccrochés, le néo-retraité s’est donc tourné vers une carrière d’entraîneur. La passion, toujours. Au Maroc cette fois, après une quinzaine d’années à jouer en France et en Espagne, l’espace de trois saisons.
« Il a commencé sa formation et il est tout de suite apparu comme l’un des meilleurs de la promotion », se rappelle Nasser Larguet, encore marqué par l’investissement du coach en herbe. Un trait de caractère déjà évident quand il était joueur. « Je me rappelle que lorsque nous étions sélectionnés, nous étions parmi les premiers arrivés. Cela en dit long sur son amour du foot », note Abdeslam Ouaddou. Un amour aussi fort que celui qu’il porte « pour le maillot de l’équipe du Maroc », insiste-t-il.
« Walid est proche de ses joueurs »
Avant de prendre en main la sélection, il y a eu les réussites en club pour Walid Regragui : le titre national avec le FUS, celui du Qatar avec Al-Duhail, et bien sûr le doublé Championnat-Ligue des champions CAF en 2022 avec le Wydad Casablanca. Son profil séduit alors la Fédération royale marocaine de football, à la recherche de quelqu’un pour succéder à Vahid Halilhodzic sur le banc de l’équipe nationale. Le 31 août de cette année-là, le nouveau sélectionneur est présenté. Et il va immédiatement briller en conduisant les Marocains jusqu’en demi-finales de la Coupe du monde au Qatar, meilleur résultat jamais obtenu par une sélection africaine.
Certes, les Lions de l’Atlas vont connaître un échec fâcheux avec l’élimination en huitièmes de finale de la CAN 2024 devant l’Afrique du Sud. Mais le Maroc façon Regragui affiche des progrès indéniables. L’équipe passe du 28e au 11e rang mondial au classement Fifa – elle devrait même entrer dans le top 10 après la CAN 2025. Sur le terrain, en 48 rencontres, elle enregistre 36 victoires pour 8 nuls et 4 défaites. Et depuis le revers lors de la précédente CAN, le bilan est encore plus flatteur : 24 victoires et 2 matches nuls.
Nasser Larguet n’est « pas surpris » de ces résultats. « C’est le fruit du travail opéré ces quatre dernières années » par le sélectionneur, conjointement aux efforts de la Fédération et de tout le football marocain pour doter le pays de bases et d’infrastructures solides. Au sein de l’équipe nationale, la touche Regragui a aussi son effet. « Walid est proche de ses joueurs. Et il a cet avantage d’avoir la double nationalité. Il est en phase avec la mentalité des joueurs nationaux et binationaux », poursuit Larguet. La CAN que réalise Brahim Diaz et le travail acharné du capitaine Achraf Hakimi pour se rétablir et assumer son rôle de leader sont de bons exemples de la réussite du management en cours.
Solide et positif sous les critiques
Le Maroc est en finale et n’a encaissé qu’un but sur toute la compétition, avant son grand défi face au Sénégal. Pourtant, le coach n’a pas échappé aux critiques d’une partie de la presse marocaine et des spectateurs lors du premier tour, en particulier après le match nul face au Mali. Choix tactiques, choix de joueurs, manque de maîtrise… Des attaques qui ont irrité Abdeslam Ouaddou, peiné pour son ancien coéquipier. « Franchement, ça m’a donné envie de vomir. On devrait tous être derrière l’équipe », peste l’entraîneur des Orlando Pirates en Afrique du Sud.
Après la victoire face au Nigeria, Walid Regragui est revenu sur ces critiques : « C’était dur humainement, je ne vais pas mentir. Mais ce n’est pas grave. Je n’ai pas de rancœur. » Le technicien a même tenu à voir le « côté positif » de ses contenpteurs : « Peut-être que ces critiques m’ont aidé à rester concentré, à changer des choses dans cette équipe, jusqu’à nous qualifier pour la finale ? Peut-être qu’eux aussi ont leur mérite ? Plutôt que de les critiquer, je veux leur dire merci ; ils font partie du succès du football marocain. »
Résolument optimiste, devenu incontournable dans le football africain, le sélectionneur marocain a même séduit l’adversité. Éric Chelle, le sélectionneur du Nigeria, a salué son « grand frère » Regragui : « Je lui ai dit que je suis fier de ce qu’il fait. Qu’il continue. J’avais dit, avant ce match, qu’il a beaucoup travaillé sous énormément de pression. Il mérite cette victoire. »
Le tableau est presque complet pour Walid Regragui. Il ne reste qu’une marche à gravir, la plus périlleuse sans doute. Car en face, les Lions du Sénégal n’auront aucun sentiment à propos du rêve du Maroc. Avec ses Lions de l’Atlas, coach Regragui a encore une bataille à remporter pour entrer au firmament du football dans son pays et devenir le premier entraîneur marocain à soulever la Coupe d’Afrique des nations*.
* l’équipe du Maroc sacrée en 1976 était coachée par le Roumain Gheorghe Mardarescu.



