Cameroun: les chefs de village pourront délivrer des titres fonciers provisoires, réforme qui fait débat

Le processus de réforme de la politique foncière du Cameroun franchira une nouvelle étape dès le 1er avril 2026 : une circulaire du ministère des Domaines, du cadastre et des affaires foncières donne désormais la possibilité aux chefs traditionnels de troisième degré – l’équivalent du chef de village – de délivrer des titres fonciers provisoires. Il s’agit, pour Henri Eyebe Ayissi, d’une « prérogative forte » accordée aux chefs traditionnels pour « protéger l’espace vital des populations contre les accaparements excessifs des terres ».
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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena
La question faisait débat depuis plusieurs années dans les chefferies, au Cameroun. Cette circulaire du ministre Eyebe Ayissi est la bienvenue, selon Sa Majesté Benjamin Yakana, chef de troisième degré du village Ombessa, dans la région du Centre, pour qui il s’agit ici de « remettre la chefferie au centre du village » : « Ça va réduire les rixes sociales que nous avons vues partout. Ça va faire que nous aurons un droit de regard et tout le monde sera d’accord. »
Si cette circulaire vient renforcer le rôle des autorités traditionnelles dans les questions domaniales, reste désormais à trancher la question de leurs indemnités. Le ministre des Domaines a annoncé vouloir résoudre cette équation. Il s’agit de mettre sur pied un véritable protocole qui prend en compte plusieurs charges liées à l’immatriculation des terres, selon Benjamin Yakana : « Le sous-préfet et la délégation qui viennent pour faire une descente, on ne sait pas ce qu’ils mettent à notre disposition. Il n’y a pas un taux arrêté en fonction des parcelles à visiter. »
Suffisant pour sécuriser et crédibiliser les titres fonciers ?
Une question demeure : le document produit par un chef de troisième degré suffira-t-il à sécuriser et crédibiliser les titres fonciers ? George Ameke, juriste, pense que non. La solution, selon lui, serait une décentralisation effective de l’État : « La décentralisation permettrait aux magistrats municipaux d’être au cœur de ces préoccupations et non le pouvoir exécutif qui est détenu ici par le préfet, le sous-préfet, et aujourd’hui, le chef du village. »
En attendant, le ministère espère que ce geste va « limiter les phénomènes d’accaparement des terres, de spéculation foncière et d’appropriation extensive des terres », très nombreux dans le pays.
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