Cameroun: la peine de prison à vie contre Ayuk Tabe et d’autres séparatistes cassée par la Cour suprême

La Cour suprême vient ce 19 mars 2026 de casser le verdict du tribunal militaire condamnant Ayuk Tabe, président autoproclamé de l’Ambazonie (entité non-reconnue par les autorités et la communauté internationale) et ses coaccusés à la prison à perpétuité, verdict qui avait été confirmé par la Cour d’appel du Centre en septembre 2020. Une décision historique et courageuse, selon leurs avocats, pour qui cet arrêt vient entériner le fait que les leaders séparatistes anglophones n’avaient pas été jugés dans des conditions normales. Ils espèrent désormais pouvoir présenter leurs arguments devant la Cour d’appel du Centre, où leurs clients seront rejugés, et obtenir leur libération. La crise anglophone a débuté fin-2016 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

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Ce 19 mars, la Cour suprême du Cameroun a annulé l’arrêt de la Cour d’appel de Yaoundé qui avait condamné Sisiku Ayuk Tabe Julius, leader autoproclamé de la République d’Ambazonie, et neuf autres personnes à la réclusion criminelle à perpétuité, rapporte notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena.

L’affaire a été renvoyée devant cette même Cour d’appel de Yaoundé, siégeant dans une composition différente, pour être rejugée à nouveau.

« Tes prières ont été entendues ! »

Ayuk Tabe et neuf de ses coaccusés, présents à la barre, affichaient un large sourire après l’annonce de cet arrêt. Le leader séparatiste s’est jeté dans les bras de ses proches venus assister à l’audience. Il a lancé à l’une d’elle : « Tes prières ont été entendues ! »

Les avocats ont qualifié la décision de la juge Marie Louise Abomo d’historique et courageuse. Ils rappellent que cela vient entériner le fait que le procès des leaders séparatistes était entaché d’irrégularités : un procès de nuit, au cours duquel les leaders séparatistes n’avaient pas pu s’exprimer. « Ce qu’il faut retenir, c’est que la Cour suprême a décidé de casser une décision, de reconnaître qu’il y a eu des injustices. C’est ça qui me fait parler du courage », réagit ainsi Me Akere Muna 

Vers un retour devant la Cour d’appel

Les avocats espèrent désormais pouvoir présenter leurs arguments devant la Cour d’appel du Centre où ils seront rejugés, pour obtenir la libération de leurs clients. 

Le 1er octobre 2017, Ayuk Tabe avait déclaré l’indépendance de l’État d’Ambazonie, un État autoproclamé incluant les deux régions anglophones du Cameroun. Il avait été arrêté au Nigeria, puis extradé au Cameroun avec 46 autres séparatistes, avant d’être condamné à la prison à perpétuité.

En septembre 2020, la Cour d’appel de Yaoundé avait confirmé la décision du tribunal militaire de Yaoundé, maintenant ainsi la peine de prison à perpétuité prononcée dans des conditions contestées.

Cameroun: historique d’une crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Fin-2016, débute au Cameroun ce qui est considéré comme la crise anglophone. Sont concernées les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

La crise découle de revendications corporatistes. Enseignants et avocats sont en première ligne. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme la marginalisation du sous-système anglophone, autant dans l’éducation que dans les prétoires.

Les protestations se transforment progressivement en des revendications politiques. Les manifestants réclament davantage d’autonomie, voire l’indépendance des deux régions. Ainsi né l’Ambazonie, dont Sisiku Ayuk Tabe est le président autoproclamé.

S’ensuit une réponse sécuritaire de Yaoundé, avec répression des manifestations et arrestations. La crise entre dans une phase de radicalisation, certains groupes séparatistes ayant pris les armes contre l’État.

Un conflit armé oppose alors les forces gouvernementales à ces indépendantistes.

À ce jour, les violences ont causé des milliers de morts et ont déplacé des centaines de milliers de personnes au Cameroun et dans les pays voisins.

En 2019, Paul Biya convoque un Grand Dialogue National. Il vise à trouver des solutions à cette crise en réunissant acteurs politiques, société civile et autorités traditionnelles. Il aboutit à certaines mesures, dont principalement le statut spécial pour les deux régions.

Mais ce dialogue est critiqué, les groupes les plus radicaux n’y ayant pas pris part.

Sept ans plus tard, et malgré ce grand dialogue, les résultats sur le terrain restent mitigés, les deux régions restant largement sinistrées.

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