Cameroun: cinq à dix ans de prison ferme pour les militaires condamnés pour le massacre de Ngarbuh de 2020

Au Cameroun, six ans après le massacre de Ngarbuh, le tribunal militaire de Yaoundé a rendu son verdict : trois militaires présentés à la barre écopent de peines allant de cinq à dix ans de prison.  Le 14 février 2020, 22 civils avaient été tués et leurs maisons incendiées dans le quartier de Ngarbuh, à Ntumbaw, dans le nord-ouest du Cameroun. L’affaire avait eu un écho international. Après avoir réfuté les accusations, l’armée, sous pression, avait finalement reconnu les faits.

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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena

En l’absence d’un des accusés, en fuite, les trois autres, tous militaires, ont écouté, debout, la lecture du délibéré pendant plus d’une demi-heure. Ils ont été condamnés à dix, huit et cinq ans de prison ferme.

Ils étaient jugé pour des faits commis le 14 février 2020. Ce jour-là, une vingtaine de civils avaient été tués, dont une dizaine d’enfants. L’armée avait initialement nié la tuerie, puis parlé d’un « malheureux accident ». Sous la pression internationale, les autorités avaient finalement exigé l’ouverture d’une enquête qui avait conclu à la responsabilité de trois militaires dits « incontrôlés » et désobéissant aux ordres, avec l’aide d’un groupe de miliciens.

Cette condamnation est « une caresse dans le sens du poil », selon Maître Sother Menkem, avocat de la partie civile, qui regrette que les donneurs d’ordre aient échappé à la justice. « Les accusés, devant la barre, ont toujours réitéré qu’ils avaient reçu les ordres de leur hiérarchie et ils opéraient sous les instructions du sous-préfet du Ndu, à ce moment-là, et du commandant du 51e Bataillon d’intervention motorisée. Les donneurs d’ordres n’ont jamais été inquiétés », conclut-il.

« Des ayants droits avaient peur de venir déposer » devant la justice

Sous la pression et les menaces, à la fois des séparatistes et de l’armée régulière, les familles des victimes ont cessé de se présenter au procès depuis 2023. Maître Georgie Massi, avocat des familles des victimes, évoque un procès singulier. « Il s’agit quand même d’un procès qui concerne un massacre qui a eu des échos retentissants, rappelle-t-il. Nous avions un environnement politique assez délicat. Nous avons des victimes qui ont disparu dans des conditions atroces. Nous avons des ayants droits qui avaient peur de venir déposer ».

« Les accusés ont agi par légitime défense »

Les avocats des accusés considèrent que leurs clients étaient dans l’exercice de leurs fonctions. Maître Athanase Henri Atangana, avocat de la défense, insiste : « Les accusés ont agi par légitime défense. Nous allons nous concerter avec nos clients, pour voir s’ils sont d’accord pour que nous interjetions appel. » Le tribunal laisse dix jours aux différentes parties pour interjeter appel.

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