Bénin: Demain le statu quo politique ?

Le Bénin ira ce 12 avril 2026 vers l’élection présidentielle dont l’issue est une des plus prévisibles de l’histoire d’un pays naguère célébré comme étant la vitrine démocratique de l’Afrique de l’Ouest, à la faveur de ses alternances démocratiques répétées depuis la Constitution de 1990, suite à la tenue de la conférence nationale souveraine.
Cette ouverture démocratique pour laquelle la Cour constitutionnelle du Bénin a joué un rôle central, a connu quelques soubresauts, nés de la volonté du Président Patrice Talon d’organiser sa succession à la tête du Bénin. Pour habiller tout cela, les arguments juridiques sont passés par là, de façon méthodique, notamment à travers les différentes révisions qui, le moins qu’on puisse dire, sont passées en force.
Le processus a démarré en 2018, avec la réforme qui a fondamentalement modifié le paysage politique et partisan, qui est passé de près de 200 micropartis politiques, à l’identique de ce qu’on trouve partout ailleurs, à une douzaine de grands partis, ce qui rendit le jeu politique beaucoup plus lisible, mais aussi imposant aux partis en lice des obligations et responsabilités politiques plus fortes.
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La révision constitutionnelle du 15 novembre 2025, portant la durée du mandat des élus à 7 ans, quoiqu’importante, dès lors qu’elle apporte de la cohérence dans la durée des mandats de tous les élus, n’en reste pas pour autant la réforme, qui à terme va sonner le glas du statu quo politique.
En effet, c’est au niveau des dispositions du code électoral que l’ingénierie politique de Patrice Talon s’est révélée décisive, avec l’application du système de parrainage pour l’élection présidentielle. Ce fut le cas en 2021 et, selon toute vraisemblance, il en sera ainsi en 2026.
C’est ledit système qui a été mis en place pour procéder à une sélection naturelle des candidats et des partis. En effet, depuis les réformes électorales de 2019, entrées en vigueur en 2023, on a vu les effets politiques majeurs, dont les plus visibles sont d’abord un parlement monocolore avec l’ensemble des 109 députés issus de la mouvance présidentielle et précisément des deux grands partis UPR et BR (de Me Djogbénou, actuel président de l’Assemblée nationale, et d’Abdoulaye Bio Tchané).
Mais l’envers du décor que l’on présente comme une œuvre visant à rationaliser le système partisan, c’est véritablement la mise hors course du parti « les Démocrates », de l’ancien président de la République, Thomas Yayi Boni, qui de ce fait est entré dans une période de turbulence, dont on ne peut aujourd’hui donner l’exacte mesure, sauf à dire qu’il a enregistré des défections de taille, notamment son leader charismatique, qui s’est retiré de l’espace politique après plusieurs tentatives infructueuses ; son fils quant à lui a récemment rejoint la mouvance présidentielle, pour soutenir le candidat Romulad Wadagni, actuel ministre des finances.
Ceci est par conséquent, un révélateur des mœurs politiques induites par des réformes électorales, particulièrement sur la question du parrainage des candidats à la présidentielle, qui fut la cause de la non-éligibilité du candidat des « Démocrates », Me Renaud Akbodjo, suite au retrait du parrainage d’un des élus de son parti. Au regard des forces en présence, nul doute que l’élection a perdu son suspense, car la mouvance présidentielle qui soutient M. Wadagni est largement donnée favorite en l’absence de challenger véritable.
Mais la question qui reste posée est celle de l’après-élection, qui elle nous réserve des surprises quant à la recomposition de l’espace politique, qui devra naître de la refonte des textes électoraux nécessaire à la tradition de pluralisme politique dont le Bénin se réclame. D’ici-là, les observateurs sont en attente du taux de participation au scrutin, qui sera un indicateur pertinent pour mesurer la légitimité du prochain Président élu.



