Burkina Faso: Des agriculteurs craignent pour leurs récoltes

Malgré une saison des pluies favorable, des poches de sécheresse pourraient compromettre les récoltes agricoles dans plusieurs régions du Burkina Faso.
Au Burkina Faso, l’Agence nationale de la météorologie (Anam) indique que, malgré une saison des pluies 2025 globalement favorable, certaines régions, notamment la Boucle du Mouhoun, le Centre et le Sahel, pourraient connaître des séquences sèches prolongées, dépassant une dizaine jours. Une situation qui n’est pas sans conséquences pour le milieu agricole.
Ainsi, les poches de sécheresse annoncées par l’Anam inquiètent les agriculteurs. Leur impact, qui dépend du moment où elles apparaissent, varie en intensité.
Des cultures en pleine croissance
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Alors que la campagne agricole est déjà bien engagée, les cultures sont en pleine croissance et bientôt en floraison, ce qui risque d’affecter les récoltes, notamment dans les régions du Centre-Nord, du Sahel et du Nord.
Valentin Traoré, expert en technologie des semences agricoles, explique que « si la sécheresse s’installe une à deux semaines pendant que les champs sont en pleine floraison, la plupart des fleurs vont avorter et ne donneront pas de graines. Le taux de fertilité peut chuter de 100 % ou 90 %, voire 75 % dans le meilleur des cas. Une poche de sécheresse mal placée peut être fatale pour le rendement ».
Maîtriser l’irrigation
Cette situation n’est pas nouvelle : il y a deux ans, de nombreux producteurs avaient déjà subi des pertes. Des pratiques comme la technique du Zaï, consistant à creuser des petits trous dans des sols dégradés pour y concentrer l’eau de pluie, sont recommandées pour améliorer la réussite des semis, malgré la sécheresse.
Pour aller plus loin et sécuriser totalement les cultures, Valentin Traoré insiste sur l’importance des périmètres où l’irrigation est maîtrisée, garantissant une eau disponible pour les champs à tout moment.
« Pour se mettre à l’abri totalement des problèmes, explique-t-il, il faut continuer à développer des périmètres avec une maîtrise totale de l’eau comme c’est le cas, par exemple, au niveau du périmètre aménagé de Bagré, C’est aussi le cas du périmètre de Soum ou de la vallée du Kou, où, effectivement, on profite d’une source d’eau parce que sinon, souvent, c’est de l’eau qui s’en va gratuitement pour se jeter dans la mer ».
Risque d’insécurité alimentaire pour 16 % de la population
À Sarban, près de Kongoussi, la pluie revient doucement sur les champs, apportant un soulagement temporaire. Pour Ali Sawadogo, producteur local, cette humidité arrive après une période particulièrement difficile. Il rappelle que « l’hivernage a commencé le 7 juin et s’est arrêté plus de dix jours. Certains ont semé sans succès, mais depuis, il y a de l’humidité. Toutefois, nous n’avons pas encore eu de grains de cette saison pour nous nourrir, à part les melons. On a pas encore de maïs, le mil n’est pas encore mûr, il n’y a pas de haricots, aussi, pour le moment ».
Même localisées, ces poches de sécheresse pourraient compromettre les récoltes dans plusieurs régions du Burkina Faso. Selon le Plan de réponse humanitaire 2025 de la FAO, plus de 16 % de la population risquent de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire aiguë durant la saison de soudure, si aucune assistance appropriée n’est mise en place.