«Bani Volta», un spectacle de danse revisite un méconnu de l'histoire coloniale du Burkina Faso

La guerre du Bani Volta a été un affrontement sanglant entre 1915 et 1916 qui a opposé les colons français et les habitants du futur Burkina Faso. Aujourd’hui, le chorégraphe Bienvenue Bazié en a fait une pièce de danse contemporaine, Bani Volta, après un long travail de recherche avec des universitaires. Elle a été présentée du 15 au 17 janvier au Théâtre Chaillot, à Paris. Reportage.

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Danse contemporaine et recherche historique. En 2023, lors d’une résidence à Ouagadougou, anthropologues, chorégraphes burkinabés et français ont conçu la mise en scène d’un épisode marquant pour ce qui n’était pas encore le Burkina Faso.

La conception de cette pièce a fait l’objet d’un documentaire tourné par la réalisatrice métisse franco-burkinabé Sarah Bouyain.« On peut avoir une connaissance intellectuelle de la colonisation, mais après, je crois qu’on n’arrive pas à imaginer vraiment ce que c’est, estime-t-elle. La danse, ça permet d’imaginer dans les corps qu’on ne peut plus faire ce qu’on a toujours fait parce que quelqu’un qui est venu d’ailleurs vous dit que : « Non, ben non, maintenant, à partir de maintenant, c’est plus comme ça. » Je me rends compte que même si j’ai travaillé sur cet épisode de la colonisation pour raconter l’histoire de ma grand-mère, en fait, je n’ai pas encore vraiment compris ce que c’était que la colonisation ».

Une guerre qui ne figure pas dans les manuels d’histoire

L’homme politique Nazi Boni en a fait un roman, Le Crépuscule des temps anciens, en 1962 considéré comme le premier roman africain, mais la guerre du Bani Volta ne figure pas ou si peu dans les manuels d’histoire.

Pour Jean-Bernard Ouédraogo, chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, cet épisode historique a poussé à revoir l’administration de ce territoire par les colons français et a – de fait – été une sorte d’acte fondateur de ce qu’est devenu la Haute-Volta puis le Burkina Faso.

Les populations se sont mobilisées contre l’oppression coloniale.

Jean-Bernard Ouédraogo, chercheur à l’EHESS, sur la guerre de Bani Volta

Frédéric Garat

Le chorégraphe Bienvenue Bazié a découvert au fur et à mesure qu’il mettait en scène les batailles rangées, les réquisitions forcées de chair à canon pour la guerre de 14-18 et les oppressions de toutes sortes pour sa pièce Bani Volta.« J’ai appris vraiment à mieux connaître cette histoire, que cette révolte a existé et que ça a rassemblé plusieurs communautés qui ont porté une résistance, explique le chorégraphe. C’était un fait majeur dans l’histoire coloniale du Burkina Faso. Mais les Burkinabè ne connaissent pas parce qu’il n’y a pas de canaux de transmission mis en place. Malheureusement, ce sont des histoires qui ne sont pas inscrites, par exemple, dans les manuels scolaires ».

Joué en France pour la première fois cette année, le spectacle de Bienvenue Bazié devrait tourner l’année prochaine sur d’autres scènes, en attendant que la guerre du Bani Volta reprenne toute sa place dans les manuels d’histoire du Burkina Faso.

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