Avec l'exposition «Africa Fashion», la mode africaine affiche ses racines et sa diversité à Paris

Le musée du Quai Branly se pare de haute-couture africaine. Du 31 mars au 12 juillet 2026, l’institution parisienne accueille l’exposition « Africa Fashion », déjà passée par le musée Victoria & Albert de Londres, mais cette fois en version augmentée. Riche de plus de 460 pièces, elle propose une plongée dans la haute-couture africaine, entre savoir-faire traditionnels et avant-garde déroutante. Mais toujours loin des clichés.
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« La haute-couture africaine a toujours existé dans les matières ! » La voix du créateur nigérien Alphadi résonne dans les allées du musée du Quai Branly et fait écho aux centaines de créations qui jalonnent le parcours. Textiles précieux, broderies luxueuses, tissus chamarrés : avec Africa Fashion, la mode africaine se montre sous toutes les coutures et brille surtout de mille feux.
La commissaire britannique, Christine Checinska, le dit elle-même : avec cette exposition, la création africaine est vue sous l’angle de ses richesses et de sa diversité, plutôt que de ses lacunes. Richesse d’aujourd’hui, avec une scène foisonnante. Mais aussi richesse d’hier, à travers des savoir-faire aussi multiples que complexes.
« Une occasion unique de remonter le temps »
« C’était une occasion unique de remonter le temps », explique Hélène Joubert, commissaire au Quai Branly, au micro de Léa Boutin-Rivière. Elle a sélectionné, spécialement pour la version parisienne de l’exposition, une centaine de pièces, tirées des collections patrimoniales du musée, certaines vieilles de plusieurs siècles. « La pièce la plus ancienne est une paire de sandales en cuir du Soudan datée d’avant 1790 », détaille-t-elle.
Entre hier et aujourd’hui, entre techniques traditionnelles et virages avant-gardistes, l’exposition Africa Fashion tisse des ponts à travers les différentes époques de la création africaine : l’Afrique, berceau de l’humanité, mais surtout berceau de la mode.
Mode: «Il faut aussi acheter ce que font les Africains, même si on va acheter du Dior, Chanel et tout ça»
De plus en plus célébrée et à l’avant-garde, la mode africaine est pourtant encore peu présente sur les podiums de haute-couture et lors des Fashion Week. Car l’industrie souffre encore de lacunes au niveau de la formation, la plupart des créateurs africains ayant été formés en Europe ou aux États-Unis. Or, il faut valoriser sur place la mode africaine, selon Imane Ayissi, créateur camerounais de haute-couture, dont les pièces sont exposées au musée du Quai Branly : « Le continent noir a un problème de formation : donc, former les gens, les accompagner, valoriser ces métiers-là. Parce que très souvent, ce sont des métiers qui ont été minimisés. Tout le monde rêve de porter des vêtements, ne serait-ce qu’un accessoire qui vient d’une grande maison de luxe française. Ce sont de vrais passeports de luxe, même si on n’a pas un euro dedans. Le sac tout seul, déjà, ça parle et les portes s’ouvrent. Ça prouve que ce sont des métiers très nobles. » Il insiste : « Donc, l’Afrique doit accompagner ces artistes. Il faut acheter leurs créations. Si on les achète, ça va permettre aux jeunes d’améliorer leur façon de travailler, d’acheter des meilleurs tissus pour faire de meilleures finitions. Mais si on n’achète pas leurs créations, on ne va aller nulle part. Donc, il faut acheter ce que font les Africains, même si on va acheter du Dior, Chanel, tout ça. Il faut encourager la création africaine aussi. »



