Avec la fin du moratoire sur les permis miniers, Madagascar appelle à l'investissement

Le 2 février 2026, les autorités malgaches ont annoncé la levée du moratoire sur les permis miniers, sauf l’or. Ils étaient gelés depuis une quinzaine d’années. À Antananarivo, Akora Ressources a, dans la foulée, été la première entreprise à faire connaître sa demande de permis d’exploitation de minerai de fer. Si les autorités espèrent voir les investissements se multiplier – le secteur extractif représente aujourd’hui déjà la moitié des recettes extérieures de Madagascar –, les défis à la concrétisation des projets restent nombreux.
« C’est un bon signal. C’est une façon aussi de dire : « Allez-y, allez-y, n’attendez pas les futures élections » », analyse Jean-Jacques Yung. Aujourd’hui consultant minier, il a travaillé plusieurs années sur l’île de Madagascar dans le grand projet de nickel et de cobalt d’Ambatovy. Plusieurs projets majeurs pourraient ainsi aboutir :
« Il y a aujourd’hui un gros projet avec un investissement qui se rapproche du milliard de dollars, qui est un projet de l’entreprise américaine Energy Fuel. C’est un projet de sables minéralisés, en exploration depuis très longtemps. C’est aujourd’hui le projet le plus important. Il est dans les cartons depuis longtemps. »
D’autres projets prometteurs dans le graphite portés par des Canadiens, des Australiens ou encore des Chinois, sont en attente, explique Jean-Jacques Young. « Ce ne sont pas des projets extrêmement importants en matière d’investissements. On parle de projets à moins de 100 millions de dollars. Mais ils auront un impact non négligeable sur les rentrées de devises du pays », souligne l’expert.
Mais pour ce connaisseur, il ne suffit pas d’envoyer un message politique : les freins sur le terrain restent nombreux. Il y a un sujet culturel et local avec le « souci des communautés de protection de leurs activités ». Autre frein majeur : celui du manque d’infrastructures.
« Tout projet, qu’il soit minier ou autre d’ailleurs, a des soucis en matière d’approvisionnement d’électricité. Les routes sont dans un état pitoyable. Donc très souvent, les opérateurs qui construisent, par exemple, une mine hors des sentiers battus, sont obligés aussi de construire des routes, etc. », témoigne Jean-Jacques Yung. À cela s’ajoute la difficulté pour les entreprises internationales de trouver des ressources humaines qualifiées pour ces secteurs techniques.
Sur l’île, les acteurs s’interrogent également sur le suivi des projets à venir s’ils venaient à se multiplier. « Nous avons peur parce que nous n’avons que deux bureaux de liaison de l’Office national pour l’environnement (ONE), à Tamatave et à Fort-Dauphin, alors que les mines sont partout à Madagascar. Nous aimerions donc avoir un cadre de collaboration avec l’ONU pour que nous puissions participer activement à l’évaluation environnementale et sociale dans la procédure de délivrance de permis », met en avant Clément Rabenandrasana, coordinateur national de l’organisation de la société civile sur les industries extractives.
Environ 3 000 demandes de permis sont en attente de traitement par le Bureau du cadastre minier.



