Au Nigeria, les conséquences de l'éviction brutale de Makoko, un bidonville sur pilotis [1/2]

Au Nigeria, l’Assemblée législative de l’État de Lagos a ordonné l’arrêt immédiat des démolitions dans le bidonville sur pilotis de Makoko, mardi 10 février, après avoir trouvé un accord avec les communautés affectées par ces déguerpissements. Le gouvernement prévoit des investissements pour réhabiliter ce quartier historique, construit au bord de la lagune. Ces deux derniers mois, des centaines, voire des milliers d’habitants ont perdu leur toit dans de brutales opérations de démolition.

De notre envoyée spéciale de retour de Lagos,

Les habitations de bois sont tombées comme des tas d’allumettes sous les coups des bulldozers. Un tiers au moins de Makoko a été détruit, selon ses habitants. Des dizaines de personnes vivent toujours au milieu des ruines, sous le soleil ou la pluie battante.

Les machines se sont arrêtées juste avant l’école dirigée par Roderick Tosin Ayinde. « Il y a un an environ, on a appris que, pour des raisons de sécurité, le gouvernement voulait détruire les maisons qui se situent sous les lignes à haute tension qui traversent la lagune, relate-t-il. Nous nous sommes mis d’accord sur un périmètre de 30 mètres au-delà des lignes électriques, mais après avoir commencé, ils ont dit qu’ils devaient aller plus loin. »

Les autorités négocient alors avec les représentants communautaires pour agrandir la zone de destruction à 100 mètres des lignes électriques. « Nous étions en colère, mais il n’y avait rien à faire. Comment se battre contre le gouvernement ?, s’interroge ce directeur d’école. Donc, nous avons mesuré nous-mêmes le périmètre de cent mètres, nous l’avons délimité avec des drapeaux nigérians, mais ils ont dépassé cette limite ! C’est là qu’ils ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes, nous avons été forcés de nous enfuir ».

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« Il n’y a plus de toit, plus d’abris, nulle part où aller »

De nombreux habitants ont dû fuir sans rien emporter. Des églises, des écoles ont été détruites pendant ces opérations de déguerpissement, qui ont créé une véritable crise humanitaire en plein cœur de Lagos. « J’ai reçu un appel alors que j’étais au marché, ma maison est au-delà des cent mètres, mais elle a été détruite, déplore Rachida, elle aussi surprise par ces destructions. À l’intérieur, il y avait des cartons avec du poisson, du bois pour le fumer, mais tout a été détruit… Il n’y a plus de toit, plus d’abris, nulle part où aller. Ce qui me fait le plus de peine, c’est que mes enfants ne peuvent même plus aller à l’école. »

Des familles sont assises sur des pirogues après avoir été expulsées et leurs maisons démolies à Makoko, un bidonville flottant de Lagos, le 9 janvier 2026.
Des familles sont assises sur des pirogues après avoir été expulsées et leurs maisons démolies à Makoko, un bidonville flottant de Lagos, le 9 janvier 2026. © Toyin Adedokun / AFP

Le gouvernement a démenti tout décès lors de ces expulsions. Pourtant, Édith, une autre vendeuse de poisson, raconte une tout autre histoire. « Je revenais de l’hôpital avec mon bébé, juste après avoir accouché, en janvier. En arrivant à Makoko, j’ai été prise dans les tirs de gaz lacrymogènes, j’ai eu si peur que j’ai couru, j’ai sauté dans l’eau avec mon bébé. Après cela, il respirait mal et il est mort peu après. Aujourd’hui, je dors dans un bateau avec mes deux autres enfants. »

Le gouvernement de l’État de Lagos prévoit désormais d’investir environ 10 millions de dollars dans la rénovation de Makoko avec l’appui des Nations unies. En attendant une évaluation de la situation, les habitants sont sommés de ne pas tenter de reconstruire leurs habitations sur pilotis. 

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